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Après le mariage homosexuel, l'avortement suscite des tensions en France

21/01/2014 09:05 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT
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Moins d'un an après s'être divisée sur le mariage homosexuel, la société française connaît de nouvelles tensions avec un projet d'assouplissement du droit à l'avortement, alors que l'Espagne voisine étudie une loi limitant strictement l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

Les partisans d'une nouvelle évolution de la loi française de 1975 s'opposent à ceux qui veulent lui garder son caractère exceptionnel.

» À voir au bas de l'article: la carte des positions sur l'avortement en Europe

Deux jours après une manifestation ayant réuni à Paris plusieurs milliers de personnes opposées au droit à l'avortement, l'Assemblée nationale devait commencer mardi ou mercredi à débattre d'un amendement prévoyant de supprimer pour les femmes réclamant une IVG la condition d'être "dans une situation de détresse".

Cette référence est "obsolète", juge la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.

Dans une allusion à l'Espagne, où le gouvernement a présenté en décembre un projet supprimant l'avortement en dehors de cas très précis (danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, viol ayant fait l'objet d'une plainte), la ministre a estimé que "les évolutions dans certains pays voisins" montrent que "nous ne sommes pas à l'abri d'un retour en arrière de 40 ans", avant la légalisation de l'avortement.

La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a pour sa part dénoncé un projet de loi espagnol qui, s'il était adopté, "renverrait les femmes à l'âge de pierre" et a appelé à "se mobiliser pour faire en sorte que ce projet ne soit pas adopté".

Fait du hasard, l'amendement devrait être adopté vendredi par la majorité de gauche à l'Assemblée, le jour même d'une visite officielle du président François Hollande au Vatican pour y rencontrer le pape François. Lors d'un message lundi au corps diplomatique, le pape a exprimé "l'horreur" que suscite en lui l'avortement et appelé les gouvernements à défendre la famille.

Le texte en projet en France prévoit qu'une femme puisse demander une interruption volontaire de grossesse si elle "ne veut pas poursuivre une grossesse" et non plus parce que "son état (la) place dans une situation de détresse", comme le stipule actuellement la loi de 1975, adoptée à l'issue de longs débats à l'initiative de la ministre de centre droit Simone Veil.

Dimanche, une manifestation contre l'avortement a rassemblé à Paris 16.000 personnes, selon la police, 40.000 selon les organisateurs.

"banalisation"

Les manifestants de la "marche pour la vie", réunis par des organisations de catholiques français, familles nombreuses, parents avec bébés, n'étaient pas sans rappeler la très forte mobilisation qui avait poussé des milliers de gens dans la rue mi-2013 pour s'opposer à l'adoption d'une loi sur le mariage homosexuel.

Au niveau politique, le débat est électrique. Une partie de la droite s'est élevée contre ce qu'elle juge être une remise en cause du compromis de 1975, alors qu'elle était au pouvoir, après une longue procédure législative et des débats houleux.

"En choisissant de réécrire la loi de 1975 sur l'IVG, le gouvernement fait une faute morale et politique", a dénoncé l'ancien Premier ministre de droite François Fillon. "Faute morale car il risque de banaliser l'avortement qui, selon les termes de Simone Veil, devait rester +l'exception+. Faute politique, car il prend le risque de diviser, une fois encore, les Français", a-t-il ajouté sur son blog.

Des députés UMP (opposition) ont déposé un amendement demandent le déremboursement de l'IVG, intégralement remboursée depuis janvier 2013, si la notion de détresse n'est pas maintenue.

Sans vouloir toutefois aller plus loin: "il n'y a pas de chiffon rouge, nous ne sommes pas en Espagne", a déclaré au quotidien Le Figaro l'un de ces élus, Philippe Gosselin, excluant toute remise en cause du droit à l'avortement.

La présidente du Front national (extrême droite), Marine Le Pen, a aussi dénoncé la volonté de la gauche de faire entrer l'avortement dans une "banalisation totale".

Mardi, la candidate socialiste à la mairie de Paris lors des municipales prévues en mars, Anne Hidalgo a estimé au contraire que retirer la "mention obsolète" du texte de loi "n'était pas un problème" mais "une façon de regarder la réalité".

Elle-même d'origine espagnole, elle a appelé les "femmes de droite espagnoles" à se mobiliser pour défendre le droit à l'avortement mis en cause par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Plus de 220.000 avortements sont pratiqués chaque année en France. Environ une Française sur trois a recours à un avortement au cours de sa vie.

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