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Amnesty dénonce l'"hypocrisie" de la lutte anticorruption en Chine

21/01/2014 12:53 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Amnesty International a dénoncé mardi l'"hypocrisie" des autorités chinoises qui s'apprêtent à juger des militants anticorruption en les accusant de troubles à l'ordre public, tout en affichant une volonté de transparence et de lutte contre les pots-de-vin.

"A la place des mesures contre la corruption promises par le président Xi Jinping, nous assistons à une répression contre ceux qui la combattent", a affirmé dans un communiqué l'organisation de défense des droits de l'Homme.

"Les persécutions des militants liés au Mouvement des nouveaux citoyens doivent prendre fin", a ajouté Amnesty, en référence à ce réseau informel et non violent qui invite les citoyens chinois à participer à la vie politique en s'appuyant sur les libertés d'expression, d'association ou de manifestation en théorie garanties par la Constitution.

Huit militants doivent comparaître devant la justice chinoise ces prochains jours, parmi lesquels l'avocat et universitaire Xu Zhiyong, qui a prôné une mobilisation citoyenne contre la corruption et exigé une transparence sur le patrimoine des hauts fonctionnaires.

"Nous considérons que Xu Zhiyong est un prisonnier de conscience, qui doit être immédiatement libéré, sans condition. Toute autre attitude reviendrait à tourner en dérision les efforts anticorruption actuels du gouvernement", a insisté Amnesty International.

Inlassable promoteur de réformes du système juridique, Xu Zhiyong a officiellement été arrêté pour "organisation de rassemblement illégal visant à subvertir le pouvoir politique".

Il avait écrit en mai 2012 un article intitulé "La Chine a besoin d'un Mouvement des nouveaux citoyens". Depuis, des dizaines de personnes prétendument liées à ce réseau ont été la cible d'interpellations extra-judiciaires, ou placées en détention, ou encore formellement arrêtées.

L'ambassadeur de l'Union européenne en Chine, en achevant son mandat à Pékin, s'est dit vendredi inquiet du "durcissement" des autorités chinoises à l'encontre de militants des libertés, en citant notamment le Mouvement des nouveaux citoyens.

Les Etats-Unis avaient de leur côté fait part de leurs "inquiétudes" après l'arrestation de Xu en juillet 2013, en s'étonnant qu'il "puisse être poursuivi en raison de sa campagne publique pour révéler les méfaits des fonctionnaires et de ses opinions pacifiquement exprimées".

Mais Pékin a répondu mardi en demandant aux pays étrangers de ne "pas s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine".

"Xu Zhiyong est suspecté d'infractions pénales", a déclaré Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. "Il s'agit d'une affaire pénale ordinaire. La Chine est un Etat de droit".

Les autorités chinoises, sous l'égide de Xi Jinping, ont fait de la lutte contre la corruption une de leurs grandes missions, mais celle-ci reste endémique en Chine et les experts doutent d'un assainissement sans réformes structurelles en profondeur.

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