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Indonésie: le plus ancien détenu français libéré après 14 ans de prison

20/01/2014 02:33 EST | Actualisé 21/03/2014 05:12 EDT

Michaël Blanc, le plus ancien détenu français en Indonésie, a été remis lundi en liberté conditionnelle après 14 ans de prison, grâce au combat acharné de sa mère et une intense campagne médiatique en sa faveur dans son pays.

"Super! Je suis dehors": c'est les bras grand écartés et avec un large sourire que Michaël Blanc a accueilli sa liberté retrouvée après 14 ans dans les geôles indonésiennes. "14 ans, oui, ça fait 14 ans".

Le Français de 40 ans est sorti en milieu de journée de la prison de Cipinang, à Jakarta, mais ce n'est qu'après de longues heures de formalités administratives qu'il a enfin pu apprécier sa liberté.

A la nuit tombée, tandis que le chant du muezzin résonnait dans la touffeur indonésienne, le Haut-Savoyard est arrivé dans la modeste demeure occupée par sa mère, Hélène Le Touzey, qui a tout abandonné il y a 14 ans pour courir au secours de son fils.

"La maison est vachement bien. Et ma chambre, ça va me changer de ma cellule!", lance-t-il dans un rire.

C'est ici que l'ancien détenu devra rester jusqu'à la fin de sa peine le 21 juillet 2017, plus une année de probation. Il ne pourra pas rentrer en France.

"C'est mieux que rien, on fait avec", lance-t-il un peu dépité, tandis que sa mère disait "espérer de tout son coeur" que la loi changerait pour permettre un transfèrement de Michaël en France afin d'y purger sa peine.

"Nous continuerons de suivre attentivement sa situation jusqu'à la fin de sa peine", a déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, Vincent Floreani, disant se "réjouir" de la libération.

Même en Indonésie, Michaël "espère" malgré tout revoir bien vite le reste de sa famille. "On va essayer un skype ce soir", dit-il, visiblement pressé.

"Heureuse, heureuse, heureuse"

"Je suis heureuse, heureuse, heureuse", a lancé Mme Le Touzey, n'arrivant plus à trouver ses mots sous le coup de l'émotion.

Le Français, âgé de 40 ans, avait été arrêté le lendemain de Noël 1999 à l'aéroport de Bali avec 3,8 kilos de haschich dans deux bouteilles de plongée. Il avait affirmé qu'elles appartenaient à un ami qui les lui avait confiées pour les transporter.

Il avait été condamné à la perpétuité le 16 novembre 2000, une peine jugée très sévère en France et qui avait suscité une importante campagne médiatique. Finalement, la condamnation était commuée en décembre 2008 à 20 ans de prison, en grande partie grâce à l'engagement extraordinaire de sa mère.

"Je lui dois tout", reconnaît Michaël.

"Si je n'avais pas été là, il ne serait plus là", a admis Mme Le Touzey. "Un moment, il m'avait demandé de partir pour pouvoir en finir avec la vie. Il me disait que je n'arriverais jamais à avoir sa libération", dit-elle la voix nouée.

Au fil des ans, à se démêler dans le labyrinthe kafkaïen de la bureaucratie indonésienne, Hélène a élargi le combat pour son fils aux nombreux détenus étrangers perdus dans le maelstrom des démarches administratives.

"Je suis devenue la Madone des prisons", dit-elle en riant. "Je rends visite, j'écoute, j'apporte quelques bricoles, je suis partie prenante à des dossiers..."

Frêle sexagénaire aux yeux bleus cernés par ses années de combat, cette Mère Courage avait entamé dès 2011 le dossier de libération conditionnelle de Michaël mais tout se bloquait sur une loi indonésienne qui interdisait l'octroi d'un titre de séjour à un étranger repris de justice.

De ce fait, les étrangers théoriquement libérables après avoir effectué les deux tiers de leur peine n'étaient pas relâchés, à la différence des Indonésiens.

"Je ne pouvais pas accepter cela. La loi doit être la même pour tous", explique Mme Le Touzey dans une interview à l'AFP.

"Ça n'a pas été facile", se souvient-elle. Mais elle a finalement réussi à faire sauter ce verrou, une première dans l'histoire récente de l'Indonésie.

Ce combat, elle l'a mené "pas seulement pour Michaël mais pour tous les détenus étrangers" déjà libérables. "Il fallait que quelqu'un ouvre les portes", dit-elle.

Et cette lutte-là, elle ne l'abandonnera pas, même après la libération de son fils: "Je ne vais pas les laisser tomber".

lv/via

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