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Embourbé dans la crise, Erdogan à Bruxelles pour défendre sa réforme judiciaire

20/01/2014 05:43 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, empêtré dans la plus grave crise politique de son règne de 11 ans, est arrivé lundi soir à Bruxelles pour tenter de désamorcer les critiques suscitées par sa récente réforme judiciaire très contestée.

Entre 2.000 et 3.000 partisans se sont rassemblés devant le grand hôtel où il est descendu, selon la police locale. M. Erdogan s'est adressé à la foule, massée sur une place et qui agitait des drapeaux turcs avec enthousiasme. Selon des témoins, il a évoqué la crise en Syrie, les affaires de corruption dans son pays et ses rencontres mardi avec les dirigeants de l'Union européenne.

Les manifestants, venus de Belgique mais aussi de pays voisins, se sont ensuite dispersés dans le calme vers 23H45, selon la police.

Le séjour de M. Erdogan dans la capitale européenne, le premier en cinq ans, avait initialement été conçu pour célébrer la relance des relations Turquie-UE. Mais le scandale de corruption qui menace le régime a bouleversé l'ordre du jour.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur va se retrouver devant les dirigeants européens en position d'accusé, ses détracteurs dénonçant sa volonté de remettre au pas la justice turque et d'étouffer les enquêtes qui le menacent.

Le ministre turc des Affaires européennes, Mevlüt Cavusoglu, a redit lundi la volonté de son pays d'éviter avec l'UE toute crise susceptible de faire une nouvelle fois dérailler la candidature de la Turquie.

"Nous espérons, nous souhaitons que le projet concernant le Haut-conseil des juges et procureurs (HSYK) ne provoque pas de grave crise avec l'UE", a-t-il déclaré dans un entretien avec le quotidien libéral Milliyet.

"Nous comprenons que l'initiative ait suscité certaines discussions, mais nous allons leur en expliquer le bien-fondé", a ajouté M. Cavusoglu, répétant que le projet de loi était selon lui "conforme aux normes politiques de l'UE".

Une commission du Parlement turc discute depuis une dizaine de jours de ce texte qui vise à modifier le fonctionnement du HSYK, notamment en accordant au ministre de la Justice le dernier mot dans le processus de nomination de magistrats.

Normes démocratiques

La Turquie a fini par communiquer ce projet de loi vendredi. La Commission européenne avait demandé à être consultée en amont sur sa teneur, a indiqué une source européenne.

"C'est un geste très positif", a commenté cette source, réservant toutefois le jugement européen sur le fond du projet, dont le parlement turc doit en principe se saisir mardi en séance plénière.

"Nous sommes prêts à discuter de tous le sujets, nous sommes prêts à écouter toute critique ou tout point de vue, tant que ces critiques et opinions sont fondées sur les normes en vigueur dans l'Union européenne", avait assuré dimanche le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.

M. Erdogan a procédé ces dernières semaines à une purge sans précédent dans la police et la justice, accusées d'abriter le coeur d'un "complot" ourdi par la confrérie d'un prédicateur musulman, Fethullah Gülen, contre son gouvernement.

Depuis le 17 décembre, des dizaines de patrons, d'hommes d'affaires et d'élus proches du pouvoir ont été inculpés ou incarcérés pour corruption, fraude et blanchiment d'argent dans une série d'enquêtes qui ont déjà provoqué la démission de trois ministres.

Le projet de loi de réforme judiciaire a provoqué une levée de boucliers dans l'opposition, qui le juge contraire à la Constitution, et de nombreuses critiques de la part de l'UE et des Etats-Unis.

Dans ce contexte, nombre de commentateurs turcs ont prédit un déplacement à Bruxelles difficile pour le Premier ministre. "M. Erdogan aurait mieux fait d'annuler sa visite à Bruxelles", a écrit dans le quotidien Taraf l'éditorialiste Semih Idiz. "Il est très probable qu'il cherche à donner une leçon de démocratie, voire à sermonner ses interlocuteurs européens qui vont lui faire des reproches", a-t-il prédit : "des dégâts sont inévitables".

Conscient des risques de cette visite, M. Davutoglu a exhorté dimanche Bruxelles à ne pas adopter "une attitude discriminatoire" envers Ankara. "Négocions le plus vite possible", a-t-il lancé, promettant de ne "jamais reculer sur les normes démocratiques".

Les négociations d'adhésion de la Turquie, officiellement entamées en 2005, sont longtemps restées au point mort en raison notamment du différend territorial avec Chypre, membre de l'UE, et des réticences de la France et de l'Allemagne.

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