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Embourbé dans la crise, Erdogan se rend à Bruxelles pour défendre sa réforme judiciaire

20/01/2014 07:55 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, empêtré dans la plus grave crise politique de son règne de onze ans, se rend lundi soir à Bruxelles pour tenter de désamorcer les critiques suscitées par sa récente réforme judiciaire très contestée.

Le séjour de M. Erdogan dans la capitale européenne, le premier depuis cinq ans, avait initialement été conçu pour célébrer la relance des relations Turquie-UE. Mais le scandale de corruption qui menace le régime d'Ankara a bouleversé son ordre du jour.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur va se retrouver devant les dirigeants européens en position d'accusé, alors que les critiques pleuvent pour dénoncer sa volonté de remettre au pas la justice turque et d'étouffer les enquêtes qui le menacent.

Lors d'une intervention devant les journalistes lundi soir à l'aéroport d'Ankara avant son départ pour Bruxelles, le chef du gouvernement turc a indiqué qu'il exposerait à ses interlocuteurs européens "les réseaux de trahison" qui conspirent contre son gouvernement et défendrait les actions de son gouvernement.

M. Erdogan a estimé que 2014 serait une année charnière pour les ambitions européennes de la Turquie, promettant dans ce contexte de renforcer les efforts de démocratisation dans son pays. "La Turquie poursuivra avec courage et détermination son programme de réformes", a insisté M. Erdogan.

Auparavant, le ministre turc des Affaires européennes Mevlüt Cavusoglu a redit lundi la volonté de son pays d'éviter avec l'Union toute crise susceptible de faire une nouvelle fois dérailler la candidature de la Turquie.

"Nous espérons, nous souhaitons que le projet (de réforme) concernant le Haut-conseil des juges et procureurs (HSYK) ne provoque pas de grave crise avec l'UE", a-t-il déclaré dans un entretien au quotidien libéral Milliyet.

"Nous comprenons que l'initiative ait suscité certaines discussions, mais nous allons leur (à l'UE) en expliquer le bien-fondé", a ajouté M. Cavusoglu, répétant que le projet de loi controversé était "conforme aux normes politiques de l'UE".

Une commission du Parlement turc discute depuis une dizaine de jours de ce texte qui vise à modifier le fonctionnement du HSYK, notamment en accordant au ministre de la Justice le dernier mot dans le processus de nominations de magistrats.

La Turquie a fini par communiquer ce projet de loi vendredi. La Commission européenne avait demandé à être consultée en amont sur sa teneur, a indiqué une source européenne.

"C'est un geste très positif", a commenté cette source, réservant toutefois le jugement européen sur le fond du projet. Or le temps presse, car le parlement turc doit s'en saisir dès mardi en séance plénière.

"Nous sommes prêts à discuter de tous le sujets, nous sommes prêts à écouter toute critique ou tout point de vue, tant que ces critiques et opinions sont fondées sur les standards et les normes en vigueur dans l'Union européenne", a assuré dimanche le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

Critiques

M. Erdogan a mené ces dernières semaines une purge sans précédent dans les effectifs de la police et de la justice de son pays, accusées d'abriter le coeur d'un "complot" ourdi par la confrérie d'un prédicateur musulman, Fethullah Gülen, contre son gouvernement et tout le pays.

Depuis le 17 décembre, des dizaines de patrons, hommes d'affaires et élus proches du pouvoir ont été inculpés ou incarcérés pour corruption, fraude et blanchiment dans une série d'enquêtes qui ont déjà provoqué la démission de trois ministres.

Le projet de loi de réforme judiciaire a provoqué une levée de boucliers dans l'opposition, qui le juge contraire à la Constitution, et de nombreuses critiques de l'UE ainsi que des Etats-Unis.

Dans ce contexte, nombre de commentateurs turcs ont prédit un déplacement à Bruxelles difficile pour le Premier ministre.

"M. Erdogan aurait mieux fait d'annuler sa visite à Bruxelles", a tranché dans le quotidien Taraf l'éditorialiste Semih Idiz. "Il est très probable qu'il va chercher à donner une leçon de démocratie, voire sermonner ses interlocuteurs européens qui vont lui faire des reproches", a-t-il anticipé: "des dégâts sont inévitables".

La cote de M. Erdogan en Europe a déjà baissé avec la répression de la vague de contestation antigouvernementale qui a agité son pays en juin dernier.

Les efforts de la Turquie pour adhérer à l'UE, formellement lancés en 2005, sont longtemps restés au point mort en raison notamment du différend territorial avec Chypre, membre de l'UE, et des réticences de la France et de l'Allemagne face à sa candidature.

burs-ba/via

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