POLITIQUE

Contestation de Fatima Houda-Pepin: la patience de Philippe Couillard a atteint sa limite

20/01/2014 03:21 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT
PQ

QUÉBEC - Première tache au leadership de Philippe Couillard: la seule femme musulmane membre de l'Assemblée nationale, immigrante et députée libérale depuis 20 ans, reconnue pour sa lutte acharnée contre l'intégrisme, Fatima Houda-Pepin dit s'être fait montrer la porte du Parti libéral du Québec lundi soir.

Au terme d'un caucus spécial qui aura duré cinq heures, en vue d'adopter la position du parti sur la neutralité religieuse de l'État, Mme Houda-Pepin est sortie de la rencontre pour affirmer qu'elle venait d'être exclue du caucus libéral, parce qu'elle refusait d'adhérer en tous points à la nouvelle position du PLQ sur le port de signes religieux par les employés de l'État ayant un pouvoir de coercition (juges, policiers, agents correctionnels).

Quelques minutes plus tard, dans une démonstration d'unité, le chef du parti, M. Couillard, entouré de ses députés, est venu donner une version différente des faits: selon lui, elle n'a pas été exclue, elle a choisi de quitter.

Chose certaine, Mme Houda-Pepin savait que le chef ne tolérerait plus aucune dissidence au sein du caucus sur ce point. Avant le caucus, il avait d'entrée de jeu lancé un message clair: tous les députés devaient endosser sans réserve la position du parti (qui sera connue mardi).

La députée rebelle a dit avoir tenté malgré tout de demeurer au caucus libéral, tout en ayant une position différente sur ces questions controversées.

«Mais de toute évidence, M. Couillard trouvait que ce n'était pas une solution pour lui comme chef du Parti libéral», a dit la députée de La Pinière, qui siégera désormais comme indépendante. Si elle choisit de se porter candidate aux prochaines élections, ce ne sera pas en portant les couleurs du PLQ.

Le PLQ va prôner la liberté totale en matière de signes religieux, tant que le visage demeure découvert, rejetant d'emblée toute forme d'interdit en ce domaine.

C'est précisément ce qui a accroché, car Mme Houda-Pepin est persuadée que ceux qui incarnent l'autorité de l'État (juges, policiers, etc.) devraient s'abstenir d'afficher des signes religieux.

«Je ne suis pas capable de vivre avec ça», a-t-elle dit, se disant prête à assumer les conséquences de son geste.

Malgré cette rebuffade majeure, elle se dit «très sereine». «J'ai défendu mes convictions et cela je ne le regretterai jamais», a poursuivi la députée qui conteste publiquement et énergiquement l'approche de son parti depuis deux mois.

Sur des «questions aussi fondamentales», M. Couillard a jugé que le parti ne pouvait plus «fonctionner de cette façon».

«On lui a demandé de prononcer les mots: solidarité et ralliement», mais visiblement la réponse ne lui a pas plu.

Pendant 20 ans comme députée libérale, Mme Houda-Pepin a connu deux chefs avant M. Couillard: Daniel Johnson et Jean Charest, avec lesquels les choses semblaient fonctionner. Questionné à savoir pourquoi depuis son arrivée, un climat de tension s'était installé entre la députée et lui, M. Couillard a répondu: «Je pense que c'est la conjonction des personnes et de l'enjeu».

Le caucus spécial des députés libéraux a permis d'adopter la position officielle du parti en matière de neutralité religieuse de l'État, incluant le port des signes religieux, de même que de lutte à l'intégrisme.

La députée de La Pinière conteste depuis deux mois les positions et l'approche retenues par son parti sur la question de la laïcité et du port de signes religieux, qu'elle juge contraires au bien commun et à l'approche traditionnelle du parti.

Samedi, un groupe de travail du PLQ sur la question a tenu une ultime rencontre et Mme Houda-Pepin a eu la confirmation que le parti n'allait pas dans le sens qu'elle souhaitait.

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