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Commission Charbonneau: Lavallée nie avoir demandé de l'argent à qui que ce soit

20/01/2014 10:20 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction et ex-président du conseil d'administration de la SOLIM, a nié devant la Commission Charbonneau, lundi, avoir déjà demandé de l'argent ou reçu quelque pot-de-vin que ce soit, comme certains témoins l'ont affirmé.

«Je n'ai jamais reçu un pot-de-vin de personne, puis je n'ai jamais, jamais demandé de l'argent à personne. Oui, je nie formellement. Je n'ai jamais demandé un sou à personne. Rendu à mon âge, je dois être capable de vivre des moyens que j'ai», a répliqué l'homme de 73 ans, qui a fondé la FTQ-Construction.

«Donc, ils mentent tous là-dessus?» lui a demandé le procureur de la commission, Me Cainnech Lussiaà-Berdou.

«Oui», a tranché le témoin.

Le promoteur de Québec Laurent Gaudreau, par exemple, avait affirmé devant la commission qu'il s'était fait demander une somme de 250 000 $ pour Jean Lavallée afin de mener à bien son projet de salle de spectacles avec la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité de la FTQ. Il avait refusé de verser la somme.

Et à l'opposé, Jean Lavallée a aussi nié avoir offert de l'argent à un délégué de la FTQ-Construction afin qu'il vote en faveur de son camp, lors de l'élection interne de novembre 2008.

Dépenses de Dupuis

Par ailleurs, après avoir été réticent à utiliser le terme, M. Lavallée a finalement admis avoir tenté de cacher l'histoire des notes de frais de Jocelyn Dupuis, mais a affirmé avoir agi ainsi pour tenter de «sauver la FTQ-Construction».

Ces notes de frais de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, dévoilées par l'ancien directeur de la section locale des mécaniciens industriels de la FTQ-Construction Ken Pereira, atteignaient 150 000 $ en six mois.

«J'aurais aimé mieux que ça ne sorte pas et qu'on le règle en dehors. Je suis convaincu qu'il y a d'autres places où il y a des ententes qui se font et des 'deals' qui se font pour faire en sorte que ça ne crée pas de problèmes avec la section locale. Nous, c'était la FTQ-Construction, avec 75 000 membres», a-t-il justifié.

M. Lavallée a aussi révélé avoir demandé à Jocelyn Dupuis de rembourser la somme. Mais comme celui-ci a refusé, même après que d'autres le lui eurent demandé, il a laissé tomber.

M. Dupuis a finalement touché une indemnité de départ de 147 000 $, sans compter son salaire, soit un total de 191 000 $.

Ce que Jean Lavallée voulait, surtout, était de protéger la réputation de la FTQ-Construction. C'était là son rôle à titre de président de la FTQ-Construction, a-t-il soutenu.

Par ailleurs, dans un extrait d'écoute électronique, le président d'alors de la FTQ, Michel Arsenault, confirme que Ken Pereira est d'abord venu le voir avec les notes de frais de Jocelyn Dupuis et que c'est lui, Michel Arsenault, qui en a parlé à Jean Lavallée ensuite. M. Arsenault, en colère contre M. Dupuis, voulait qu'il parte.

M. Pereira avait relaté le même film des événements.

Yacht d'Accurso

M. Lavallée a aussi admis être allé «cinq ou six fois» sur le yacht de l'entrepreneur en construction Tony Accurso, qui a même payé son billet d'avion pour se rendre à la destination choisie dans le Sud. Mais il a souligné que M. Accurso est un ami personnel, qu'il connaît depuis 32 ans, et qui s'est même rendu sur son bateau à lui.

Le commissaire Renaud Lachance lui a demandé s'il n'était pas «mal à l'aise», en tant que dirigeant syndical, de se rendre sur le yacht d'un entrepreneur en construction pour lequel ses membres travaillaient.

M. Lavallée a objecté qu'à une certaine époque, se rendre sur le yacht d'un entrepreneur n'était pas un «péché».

Il a aussi admis y être allé une fois aux îles Vierges pour célébrer le bon déroulement du chantier de l'aluminerie Alouette, à Sept-Îles, qui avait été réalisé dans les délais prescrits. Le représentant de l'entreprise, Joe Lombard, s'y trouvait également, à l'invitation de l'entrepreneur Accurso. M. Lavallée était présent à la fête «parce que j'ai contribué au succès que ça a été».

Le procureur de la commission a déposé en preuve une photo de M. Lavallée avec MM. Lombard et Accurso, en maillot de bain dans la mer, en 2005.

«C'était juste une relation d'affaires, une relation de construction», a commenté M. Lavallée.

Argent de la FIPOE

La section locale des électriciens que dirigeait aussi M. Lavallée, la FIPOE, disposait par ailleurs d'une importante cagnotte, soit de 10 à 12 millions $, selon l'évaluation du commissaire Lachance, puisqu'elle touchait quelque 1 million $ d'intérêts. «Ce n'est pas un petit coussin que vous avez là!» s'est exclamé le commissaire.

Malgré cet important «coussin» financier, la Fraternité interprovinciale des ouvriers en électricité n'a jamais réduit les cotisations syndicales de ses membres, a admis M. Lavallée. «Non, à cause qu'on ne connaît jamais l'avenir», a-t-il répliqué.

Mais il a assuré qu'elle a augmenté ses services à ses membres. «Oui, c'est arrivé, mais je ne peux vous dire à quel moment», a répondu M. Lavallée.

Le procureur de la commission, Me Cainnech Lussiaà-Berdou, et le commissaire Lachance ont ensuite talonné le témoin au sujet de certains prêts qu'a déjà faits sa section locale, la FIPOE, en même temps que la SOLIM, ce bras immobilier du Fonds.

Fait à noter, M. Lavallée occupait en même temps le siège de président du conseil d'administration de la SOLIM.

Lors de son témoignage, l'ancien pdg de la SOLIM, Guy Gionet, avait relaté un cas où la SOLIM était prête à investir dans une entreprise, mais M. Lavallée avait décidé que sa section locale, la FIPOE, y investirait également. Selon M. Gionet, il avait tout simplement été informé de cette volonté de la FIPOE et il devait en tenir compte.

Lundi, M. Lavallée a assuré qu'il n'a jamais «imposé» la FIPOE dans de tels investissements aux côtés du fonds immobilier. Et d'ailleurs, pour ce faire, il obtenait l'aval de son conseil exécutif, conformément aux statuts du syndicat, a-t-il affirmé.

Le commissaire Lachance lui a fait remarquer qu'en agissant ainsi, il se trouvait à priver les actionnaires de la SOLIM d'un rendement potentiel, au profit de la FIPOE. Le commissaire lui a demandé s'il ne se trouvait pas ainsi «en conflit d'intérêts», puisqu'il était à la fois à la SOLIM et à la FIPOE et qu'il se trouvait à favoriser ses membres de la FIPOE aux dépens des actionnaires de la SOLIM. M. Lachance a parlé d'argent «détourné» des actionnaires du Fonds vers ses membres électriciens.

«C'est votre opinion. Moi, je ne me sens pas en conflit d'intérêts», a rétorqué M. Lavallée, qui a souligné qu'il partageait aussi le risque, en investissant ainsi, et non seulement le rendement hypothétique.

Son témoignage se poursuit mardi.

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