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Ukraine: affrontements entre protestataires et police après une manifestation à Kiev

19/01/2014 10:20 EST | Actualisé 21/03/2014 05:12 EDT

Des affrontements ont éclaté dimanche à la fin d'une manifestation à Kiev qui a rassemblé près de 200.000 opposants pro-européens venus défier les autorités après l'adoption de nouvelles lois renforçant les sanctions contre les contestataires.

Alors que le rassemblement sur la place de l'Indépendance, aussi baptisée Maïdan, touchait à sa fin, certains manifestants ont tenté de franchir un cordon de policiers pour se rendre vers le Parlement et se sont emparés de fourgons de police qui en bloquaient l'accès.

Ils ont mis le feu à l'un d'entre eux. Les forces de l'ordre répondaient par du gaz lacrymogène, des grenades assourdissantes et des coups de matraque.

Au moins deux personnes ont été blessées dans les affrontements, selon un correspondant de l'AFP.

Le boxeur et leader de l'opposition Vitali Klitschko tentait pour sa part de s'interposer et appelait la foule à ne pas provoquer la police.

Auparavant, près de 200.000 personnes avaient afflué et protesté de manière pacifique sur Maïdan, bravant l'interdiction de toute manifestation dans le centre de Kiev jusqu'au 8 mars, et les nouvelles lois promulguées vendredi par le président Viktor Ianoukovitch qui introduisent ou renforcent les sanctions à l'encontre des manifestants.

Des dizaines de personnes portaient sur la tête des casseroles, des passoires ou encore des boîtes en carton, ou avaient revêtu des masques de carnaval, en signe de dérision face à l'une des nouvelles lois qui punit les personnes manifestant avec un masque ou un casque sur la tête.

"La nouvelle législation illégale"

"Nous déclarons illégale la nouvelle législation adoptée", a déclaré M. Klitschko, chef du parti Oudar (Coup) depuis une scène installée sur la place.

Il a appelé les forces de l'ordre à rejoindre le camp des opposants. "Je m'adresse aux forces de l'ordre: passez dans le camp du peuple!", a-t-il lancé.

"Le Parlement a perdu sa légitimité, cela signifie que nous devons créer un conseil du peuple parmi les hommes politiques d'opposition", a de son côté dit Arseni Iatseniouk, responsable du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Les responsables ont toutefois été sifflés par la foule, reprochant aux opposants de ne pas avoir de plan d'action et de manquer d'un véritable leader.

Le mouvement de contestation avait réussi à mobiliser des centaines de milliers de personnes en décembre après le refus du président Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'Union européenne au profit d'un rapprochement avec la Russie.

Mais il s'est un peu essoufflé quand Kiev a signé le 17 décembre avec Moscou des accords économiques qui prévoient un crédit de 15 milliards de dollars à l'Ukraine et la baisse d'un tiers du prix du gaz russe.

"Il faut passer à des actions plus décisives", a déclaré à l'AFP Rouslan Kochevarov, un étudiant.

"Nous espérons qu'après le meeting les gens ne se rendront pas, bien que bon nombre d'entre eux se demandent pour quoi se rassembler à l'avenir si après deux mois de protestation il n'y a pas de résultat", a-t-il ajouté.

L'adoption des nouvelles lois semble toutefois avoir mobilisé plus de gens que lors des dernières manifestations.

Les textes, votés à main levée en plein chaos au Parlement, prévoient des peines de prison de 15 jours pour l'installation non-autorisée de tentes ou d'estrades dans des endroits publics et jusqu'à cinq ans de prison pour les personnes bloquant des bâtiments officiels.

Une loi punit d'amendes, de confiscation de permis de conduire et de voiture toute manifestation en cortège de plus de cinq véhicules.

Un autre texte oblige les ONG bénéficiant de financements occidentaux à s'enregistrer en tant qu'"agent de l'étranger", à l'image d'une loi adoptée en 2012 en Russie.

Les Occidentaux ont mis en garde les autorités ukrainiennes contre ces textes et Mme Timochenko a dénoncé l'instauration d'une "néo-dictature".

Le ministre des Affaires étrangères suédois Carl Bildt, un ardent défenseur du rapprochement entre l'Ukraine et l'UE, a indiqué dans une interview à la télévision en ligne hromadske.tv que les Européens avaient discuté avec les Américains de sanctions à l'encontre de certaines personnes du gouvernement.

"Nous avons parlé de cela avec les Américains. C'était avant tout lié à la question des violences, notre position précise est que la violence ne doit pas être employée contre les participants pacifiques aux manifestations", a-t-il déclaré dans des propos traduits en ukrainien, ajoutant que les contacts se poursuivaient.

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