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Centrafrique: A Boali, des musulmans, une messe et des militaires

19/01/2014 10:52 EST | Actualisé 21/03/2014 05:12 EDT

Des femmes aux voiles chatoyants et des petits enfants s'entassent au pied de l'autel. Des ballots sont empilés près d'une statue de la Vierge et du tabernacle. A Boali, au nord de Bangui, l'église a été le seul refuge pour des centaines de musulmans fuyant les violences depuis quelques jours.

"Boali la resplendissante vous souhaite la bienvenue", clame une pancarte à l'entrée de cette ville célèbre pour ses chutes d'eau, située à une centaine de km au nord-ouest de la capitale.

Quelque mètres plus loin, la paroisse Saint-Pierre, et un instantané saisissant de la tragédie centrafricaine: violence, peur, haines irréconciliables mais aussi gestes d'humanité.

Les exactions à Boali ont démarré vendredi, et comme toujours dans ce pays surchauffé par la rancoeur, on ne sait jamais très précisément ce qui a déclenché l'accès de furie. L'arrivée de militaires français, qui ont désarmé des combattants musulmans ? L'entrée en ville d'anti-balaka (milices chrétiennes) sortis de la brousse ? Toujours est-il qu'au moins sept personnes, six musulmans et un chrétien ont été tuées, et des maisons dévastées.

Face à l'urgence, l'abbé Xavier Fagba et son diacre Boris Wiligale ont alors ouvert les portes de leur paroisse à des centaines de musulmans, dont de nombreux Peuls (éleveurs nomades), fuyant les violences.

Quelque 700 civils selon l'abbé, en majorité des femmes et des enfants, ont déjà passé deux nuits dans l'église au toit de tôle ondulée, gardée par quelque 70 hommes de l'opération militaire française Sangaris.

"Arrêter de faire de la peine aux gens"

Dimanche, c'est messe. Les musulmans s'installent à l'extérieur pour laisser les fidèles chrétiens assister à l'office.

L'abbé Xavier exhorte ses ouailles à "arrêter de faire de la peine aux gens" et les incite à sortir de l'église pour aller saluer les musulmans assis dehors, au moment du "baiser de la paix".

A la fin de l'office, Jean-Claude, chrétien, s'arrête près d'Ahmad, musulman, et lui serre gentiment les épaules. "Il faut du courage. Garde le moral".

Les deux hommes se connaissent, ils sont voisins depuis des années à Boali.

La maison d'Ahmad a été détruite dans les violences des derniers jours. "Il y a des gens d'ici qui sont bons pour nous. Mais on ne peut plus rester, il faut partir. Je veux aller à Bangui, il y a encore un peu de sécurité là-bas", dit-il.

A ses côtés, Oumar Abba, marabout, rêve de fuir au Cameroun. "Ici, ce n'est plus une guerre politique, c'est une guerre de religion maintenant".

A la fin de la messe, les musulmans réintègrent l'ombre de l'église, s'installent sur les bancs, sur des nattes déployées au sol. Fatma Oumara, une jeune veuve entourée de ses 8 enfants, raconte que son mari a été tué il y a quelques jours dans une attaque à Boyali, plus au nord. Elle a fui à Boali et s'est retrouvée prise dans la tourmente, elle aussi aimerait bien gagner le Cameroun. Puis elle ferme les yeux et s'étend sur la natte, dans un mouvement d'une extrême lassitude.

"Faites quelque chose pour nous sortir d'ici"

Dans un recoin de l'église, le diacre Boris partage un repas avec des musulmans.

Mais même ici, la douceur est trompeuse. Bénédicte, une coiffeuse de Boali: "Il n'y a pas de problème de mésentente avec les musulmans. On veut juste qu'ils rentrent chez eux dans leur pays".

"La population de Boali, qui a tellement souffert des Séléka (rebelles majoritairement musulmans qui ont régné en maîtres sur le pays pendant 10 mois) garde une dent contre les musulmans", reconnaît l'abbé Xavier.

"Maintenant, il faut des camions pour évacuer tous ces gens, c'est urgent. Car si les Français partent, on ne sait pas ce qui se passera", soupire l'abbé.

"Pour le moment, on reste", affirme le lieutenant Julien, chargé de la communication de l'armée française sur le site.

Mais le temps presse. Les conditions sanitaires vont vite s'aggraver. Et impossible pour les musulmans d'envisager de prendre seuls la route, où les anti-balakas dressent à chaque moment des check point improvisés.

"Faites quelque chose pour nous sortir d'ici", implore un vieux devant l'église.

cf/cl/sba

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