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Les trois compromis étonnants des salafistes dans la Constitution égyptienne

18/01/2014 11:56 EST
fb/naderbakkar

Le oui l'a emporté par 98,1%, avec 38,6% de participation, au référendum constitutionnel en Égypte, a annoncé samedi la commission électorale, le pouvoir dirigé par les militaires ayant considéré par avance qu'un tel résultat légitimerait la destitution du président islamiste Mohamed Morsi.

Le gouvernement mis en place par les militaires avait averti qu'il considérerait un taux de participation supérieur à celui du référendum constitutionnel de 2012, lorsque M. Morsi était au pouvoir, (32,9%) comme une "victoire" qui justifierait dans les urnes la destitution et l'arrestation du seul président jamais élu démocratiquement en Egypte. Les pro-Morsi accusent les militaires d'avoir perpétré un "coup d'Etat" le 3 juillet dernier.

Le projet de Constitution soumis à la population est le fruit d'un compromis entre les acteurs politiques séculaires, militaires et salafistes. Le parti salafiste Al-Nour, qui a soutenu le renversement du président Morsi tout en prenant ses distances avec la répression des Frères musulmans, a placé un représentant dans le comité à l'origine de la nouvelle Constitution. Soucieux de demeurer dans le paysage politique égyptien, Al-Nour a céder à des compromis parfois étonnants pour un parti d'idéologie wahhabite. Ils ont fait activement campagne en faveur du "oui".

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La charia persiste mais faiblit

L'article 2 pose "les principes de la charia comme principales sources de législation". Mais alors que la Constitution établie par la majorité islamiste y avait ajouté un article 219 définissant ces "principes" plus en détail, Al-Nour a accepté d'y renoncer.

En 2012, le bloc salafiste avait pourtant été le principal instigateur de cet addition.

Deux ans plus tard, le porte-parole du parti Nader Bakkar justifie l'abandon de l'article 219 en affirmant que les piliers de la charia seraient suffisamment bien définis dans le préambule.

Ils acceptent que les partis religieux soient... interdits

"Aucune activité politique ne peut être poursuivie et aucun parti politique ne peut être formé sur la base de la religion". L'article 74 dispose on ne peut plus clairement l'interdiction de partis religieux. Al-Nour a accepté.

Sur le sujet des partis religieux, le comité constitutionnel était dans l'impasse. Les séculaires et les militaires souhaitaient poser les bases pour empêcher un retour aux affaires des Frères musulmans, sans pour autant s'aliéner le parti salafiste, pourtant plus ancré dans les préceptes religieux que le parti de Mohamed Morsi.

Al-Nour auraient-ils accepté l'article 74 sur la base d'un accord implicite avec ses partenaires? Tout en assurant que ce n'est pas le cas, Nader Bakkar avoue toutefois que "l'important n'est pas l'article en soi, mais l'utilisation qui en est faite". L'interdiction relèvera donc de l'agenda politique, et devrait ainsi passer outre les fondements religieux du parti salafiste.

Ils autorisent les insultes au prophète

La dernière Constitution interdisait toutes insultes aux messagers des religions et aux prophètes - le pluriel est de mise.

La nouvelle ne fera plus mention de cette interdiction. Il sera également impossible de poursuivre une personne en justice pour "insulte à la religion". Une concession importante à la liberté d'expression, voulue par les séculaires. Une concession étonnante du point de vue salafiste.

Al-Nour a lâché du lest dans tous les domaines. Les femmes "soeurs des hommes" sont devenues leurs égales, le rôle de consultation de la la prestigieuse institution sunnite Al-Azhar a disparu, tout comme le Conseil de la Choura.

Comme le fait remarquer le quotidien pro-régime Al-Ahram, les décisions stratégiques d'Al-Nour ont été plus pragmatiques qu'idéologiques.

"Soyons honnêtes, quel choix avons-nous? Nous retirer de la scène politique? Ils seraient nombreux à en être contents", tente d'expliquer Nader Bakkar à Al-Jazeera.

Al-Nour ne souhaite pas subir un destin similaire à celui des Frères musulmans. Côté séculaire, la coopération des salafistes leur fait espérer de ne pas s'aliéner tous les islamistes.

Si Al-Nour poursuit une stratégie pragmatique, c'est également dû à l'influence de l'Arabie Saoudite, dont la famille royale chapeaute les mouvements salafistes de la région. Al-Nour reprend à son compte l'ambigüité de la politique étrangère saoudienne.

Soucieuse de stabilités et fondamentalement hostile aux Frères musulmans encouragés par le Qatar, l'Arabie Saoudite soutient le nouveau régime égyptien, quitte à y perdre des plumes islamiques. Avec Al-Nour, le royaume conserve un pion idéologiquement fidèle au sein de la scène politique égyptienne. Au parti salafiste de jouer les équilibristes.

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