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"Respectez mon vote": les Thaïlandais pro-élections font entendre leur voix

18/01/2014 01:45 EST | Actualisé 19/03/2014 05:12 EDT

Veillées aux chandelles, lâchers de ballons et campagnes sur Facebook: des militants pro-élections ont fait leur apparition en Thaïlande pour réclamer le respect de leur voix et faire entendre leur colère face aux manifestants de l'opposition qui veulent empêcher les législatives.

Ce nouveau groupe qui tente d'incarner un juste milieu dans un royaume profondément divisé veut mettre au défi les manifestants antigouvernement qui veulent voir le pays dirigé par un "conseil du peuple" non élu.

"Nous voulons voter! Nous voulons voter! Le 2 février, allez voter!", lancent en coeur des centaines de militants lors d'une veillée aux chandelles dans un parc de Bangkok cette semaine.

"Les Thaïlandais ne s'écoutent pas les uns les autres, alors nous voulons qu'ils voient la lumière à la place", commente l'une des organisatrices du rassemblement, qui préfère restée anonyme de peur de représailles.

"Notre intention est de dire aux manifestants: +s'il vous plaît, arrêtez, parce que nous avons suffisamment souffert".

Depuis plus de deux mois, les manifestants réclament dans la rue la démission de la Première ministre Yingluck Shinawatra et la fin de ce qu'ils appellent le "système Thaksin", du nom de son frère Thaksin Shinawatra qu'ils accusent de continuer à gouverner à travers elle depuis son exil.

Thaksin, ancien Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006, divise profondément le pays entre les masses rurales et urbaines défavorisées qui l'adorent et les élites de la capitale qui le haïssent.

Et depuis le putsch qui l'a chassé du pouvoir, la Thaïlande est régulièrement secouée par des violences politiques mettant en lumière cette fracture. La crise en cours a déjà fait neuf morts et des centaines de blessés.

Pour tenter de sortir de l'impasse, Yingluck a convoqué des législatives anticipées pour le 2 février, mais les manifestants ne veulent pas du scrutin dont le parti au pouvoir est favori et que le principal parti d'opposition boycotte.

Alors de plus en plus de Thaïlandais veulent faire savoir que le mouvement ne les représente pas.

Plusieurs pages Facebook ont été créées pour soutenir les élections et appeler à une solution pacifique. Des militants ont posté sur internet des photos d'eux arborant le slogan "respectez mon vote".

Ces nouveaux militants sont principalement des habitants de Bangkok, professeurs, étudiants ou célébrités, organisant des lâchers de ballons blancs et portant des T-shirts blancs en signe de neutralité dans un pays où les divisions sont souvent résumées à "chemises rouges" pro-Thaksin contre "chemises jaunes" royalistes anti-Thaksin.

"Les manifestants ont généralisé en disant que tous les habitants de Bangkok étaient de leur côté, mais nous sommes ceux qui sont frustrés et sous pression depuis longtemps", dénonce Patcharee Angkoontassaneeyarat, administratrice d'une des pages Facebook, dont le slogan "ça suffit" a reçu 40.000 "like".

"Les manifestations sont allées au delà des limites de notre patience. Nous aussi, nous voulons faire entendre notre voix".

Alors que les partis pro-Thaksin successifs, soutenus par les "rouges", ont remporté toutes les législatives depuis plus de dix ans, les manifestations massives des "jaunes" ont accompagné le coup d'Etat de 2006 et ont également aidé à chasser deux Premiers ministres pro-Thaksin du pouvoir en 2008.

Nombre d'anciens "jaunes" sont également aujourd'hui dans la rue, au sein d'une alliance hétéroclite réunie par la haine de Thaksin.

Les experts estiment qu'une "troisième voix" est désormais en train de se propager, en particulier grâce aux réseaux sociaux.

"Ce sont des gens non seulement de Bangkok, mais aussi de villes de plusieurs provinces qui ont été patients jusqu'à maintenant, mais un jour, ils ne pouvaient tout simplement plus le supporter", commente Puangthong Pawakapan, professeur de sciences politiques à l'université Chulalongkorn de Bangkok.

Certains de ceux qui ont osé s'exprimer ont provoqué des réactions hostiles, parfois même chez leurs amis soutenant les manifestants antigouvernement dont le sifflet est devenu le bruyant signe de ralliement.

"Ils m'ont demandé pourquoi je n'aidais pas mon pays, pourquoi je ne sifflais pas avec eux", raconte Amonteera Pratumtong, étudiante en droit, en tenant une bougie vacillante dans sa main.

"Je leur ai dit que je pouvais faire mes propres choix".

apv-dr/abd/pt

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