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A Cassino, Rome aide à renforcer l'armée d'une "Libye libre"

18/01/2014 10:48 EST | Actualisé 20/03/2014 05:12 EDT

"Paume de la main droite à terre, pied gauche à l'avant!": aussitôt traduits en arabe par le capitaine Francesca Giardulli, les ordres sont exécutés par trois jeunes soldats libyens, en formation à Cassino, à une centaine de km au sud de Rome.

L'exercice s'inscrit dans le cadre d'une vaste opération de formation de militaires libyens par l'armée italienne, née d'une initiative du G8 pour la reconstruction des forces armées et de sécurité libyennes, après la chute du régime du colonel Mouammar Kadhafi en 2011.

L'objectif est de "soutenir la Libye libre en créant des forces armées efficaces qui soient une référence pour la démocratie et la sécurité", la condition pour une "véritable paix", explique le général Claudio Graziano, chef d'état-major de l'armée italienne, lors d'une visite organisée samedi pour quelques journalistes dont l'AFP.

La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la Turquie participent également à cette initiative qui permettra de former à terme 15.000 militaires, mais l'Italie, ex-puissance coloniale de la Libye, est "en première ligne", souligne-t-il.

En novembre dernier, 500 soldats ont été sélectionnés en Libye par les autorités de Tripoli avec une équipe d'experts militaires italiens. A terme, 2.000 militaires venant des trois régions du pays -Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan- encore en proie à une forte insécurité, seront formés par Rome.

Au 80e régiment de Casino, 341 d'entre eux, venus essentiellement de Benghazi, Misrata et Tripoli, participent depuis le 10 janvier à un cycle de quatorze semaines pour la formation de tout un bataillon d'infanterie, des 34 officiers et sous-officiers aux 307 militaires de troupe.

Ici, un militaire peint de kaki le visage de son collègue au casque dissimulé par des feuilles, là, d'autres s'entraînent au tir, participent à un entraînement physique intensif ou partent paquetage au dos vers les collines verdoyantes du Monte Cassino, théâtre d'intenses bombardements pendant la Seconde guerre mondiale.

"On apprend à s'entraîner ensemble, à ne former qu'un, c'est très important pour nous d'apprendre à être unis", se félicite l'un des soldats.

Pour le capitaine Francesca Giardulli, qui a suivi une formation de six mois à l'arabe à l'école des langues étrangères de l'armée italienne, "il y a des jeunes civils qui n'ont aucune expérience du milieu militaire, il faut les entraîner comme s'ils étaient vraiment néophytes".

Selon le général Graziano, "certains ont combattu dans les rangs de la rébellion, d'autres sont de simples civils", mais "aucun n'appartenait à l'armée du colonel Kadhafi".

"Notre mission est la même que toutes les armées du monde: à savoir le contrôle des frontières, mais aussi assurer la protection des populations, la sécurité et la collaboration avec les autres pays également", ajoute à ses côtés le colonel libyen Badi Mohamed Amed Albashir.

La base militaire, dominée par une grande abbaye qui fut le berceau des Bénédictins, a été aménagée pour accueillir ces soldats musulmans. Une salle des ablutions a été spécialement aménagée pour la prière à laquelle appelle un imam en treillis muni d'un mégaphone. Les menus ont été adaptés.

"C'est un défi culturel pour nous, même si ce n'est pas nouveau", souligne le général Graziano, ex-commandant de la Finul au Liban et qui a aussi dirigé des opérations de ce type en Afghanistan. "A la fin de l'exercice, les Libyens parleront un peu plus italien... et nous nous parlerons un peu plus arabe", conclut-il avec un sourire.

mle/plh

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