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15/01/2014 09:54 EST | Actualisé 17/03/2014 05:12 EDT

Tuerie Chevaline: le frère d'une victime, toujours suspect, échappe au contrôle judiciaire

Zaïd al-Hilli, frère d'une des quatre victimes de la tuerie de Chevaline (France) en 2012, a obtenu mercredi au Royaume-Uni la levée de son contrôle judiciaire, mais il n'en reste pas moins "suspect" ont immédiatement commenté les autorités judiciaires françaises.

La police du comté du Surrey (sud-ouest de Londres) a annoncé dans un communiqué laconique qu'"à ce stade les preuves étaient insuffisantes pour poursuivre" Zaïd al-Hilli, ajoutant qu'elle "n'envisageait pas d'actions supplémentaires pour le moment".

Cependant, le procureur de la République d'Annecy (sud-est de la France), Eric Maillaud, a peu après affirmé à l'AFP qu'en dépit des apparences inhérentes aux particularités de "deux régimes juridiques différents", l'homme de 54 ans n'était aucunement "disculpé".

Zaïd al-Hilli "n'a pas répondu de façon claire et précise à plusieurs questions fondamentales, relatives notamment à son emploi du temps", a par ailleurs indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête, visiblement frustrée.

Le mystère demeure donc entier seize mois après le quadruple meurtre pour lequel trois pistes demeurent privilégiées: le conflit familial sur fond d'héritage, la piste irakienne et celle de l'espionnage industriel.

Saad al-Hilli, 50 ans, ingénieur britannique d'origine irakienne travaillant dans le secteur de l'aéronautique au Royaume-Uni, sa femme de 47 ans, et sa belle-mère de 74 ans, ont été exécutés de plusieurs balles dans leur voiture, sur une petite route forestière des Alpes françaises, le 5 septembre 2012.

Un cycliste français --considéré par les enquêteurs comme une victime collatérale-- a également été tué. L'une des fillettes du couple al-Hilli a été sérieusement blessée tandis que la seconde, cachée sous la jupe de sa mère, s'en est miraculeusement sortie indemne. Elles vivent depuis lors chez des parents, à une adresse tenue secrète.

Dichotomies franco-britanniques

"Tout ce qui se passe en Angleterre se passe selon les formes juridiques britanniques. Cependant, M. Zaïd al-Hilli conserve là-bas son statut de suspect, qui serait l'équivalent d'une mise en examen en France", a assuré le procureur d'Annecy.

"Le temps passant, et compte tenu du peu de certitudes sur sa personne pour poursuivre, les enquêteurs britanniques ont estimé qu'il n'était pas nécessaire de faire peser sur lui davantage de contraintes. Mais il n'est pas disculpé pour autant, des charges pèsent toujours contre lui."

"C'est simplement la confrontation de deux régimes juridiques différents. En France, nous n'aurions pas levé le contrôle judiciaire. Nous l'aurions probablement maintenu en l'allégeant", a insisté M. Maillaud.

En septembre dernier, le même Eric Maillaud avait assuré que "Zaïd était considéré comme un suspect (...) mais pas le suspect numéro 1, ni un présumé coupable".

Zaïd al-Hilli, venu pointer mercredi au commissariat de Guildford, dans la lointaine ceinture verte au sud-ouest de Londres, a écouté sans un commentaire l'officier de police qui lisait aux journalistes présents le communiqué annonçant la levée de son contrôle judiciaire.

Il avait été arrêté le 24 juin 2013, soupçonné de "complot pour commettre un meurtre" et remis en liberté provisoire et conditionnelle dès le lendemain.

Depuis lors, il n'a cessé de clamer véhémentement son innocence dans diverses interviews, et a refusé de se rendre en France --un pays auquel il ne fait "pas du tout confiance"-- pour y être entendu.

"S'il mettait le pied en territoire français, il serait placé en garde à vue", a convenu mercredi une source proche de l'enquête.

Zaïd al-Hilli reconnaît cependant l'existence d'un conflit parfois violent avec son frère défunt, relatif à un héritage paternel portant sur plusieurs millions d'euros.

Des perquisitions ont été effectuées sans résultat à son domicile britannique et au club de golf dont il est gérant.

Le dernier rebondissement significatif porté à la connaissance du public remonte au mois de novembre 2013, quand les enquêteurs français ont diffusé le portrait-robot d'un mystérieux motard. L'homme portant un bouc et coiffé d'un casque vendu à peu d'exemplaires a été signalé à proximité des lieux du crime.

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