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«Pique» de Robert Lepage: voyage au cœur de Las Vegas (CRITIQUE/VIDÉO)

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Dans Pique, le premier volet de la tétralogie Jeux de cartes, Robert Lepage convie les amateurs de théâtre à une épopée aussi rutilante que déroutante au cœur de Las Vegas, symbole exponentiel de la beauté et de la laideur humaine.

À l’origine du jeu de cartes, le Pique était symbolisé par l’Épée, faisant ainsi référence à l’univers militaire. C’est d’ailleurs en 2003, durant la fin de semaine où le président américain George W. Bush a fait entrer son pays en guerre contre l’Irak, que le spectacle prend son assise. Mais n’allez pas croire que le récit qu’on vous raconte n’est qu’un ramassis d’histoires d’armée.

On y suit bel et bien des apprentis soldats, deux expatriés venus s’entraîner dans un bled à 60 kilomètres de Las Vegas, où un village irakien a été reproduit afin de les former à contrôler, fouiller, protéger et bien sûr… tuer. Plus le temps passe, plus les doutes et les tourments intérieurs assaillent une moitié du duo : à quoi bon risquer sa vie à jouer à la guerre, si ses supérieurs et ses camarades guerriers font tout pour miner sa propre existence? Humiliation, violence physique et psychologique, viol, tout y passe.

Pendant ce temps, le collègue apprenti profite des joies de la Strip, comme tant d’autres autour de lui, aux prises avec leurs propres guerres intérieures.

Tout au long des 150 minutes que dure le spectacle, ponctué de plusieurs longueurs, vous suivrez un couple de Québécois échanger leurs vœux de mariage sous le regard attentif d’Elvis; un ex-accroc au jeu qui retombe dans l’enfer de la dépendance; une femme de ménage, immigrante illégale, qui s’inquiète de sa santé fragile et des moyens peu recommandables qu’elle doit prendre pour payer le médecin; une Française hautement caricaturale qui sert d’exutoire au dépendant nommé ci-haut, ainsi qu’une succession de barmaids, de prostitués et de croupiers qui interviennent ici et là.

Évoluant sur une scène circulaire d’un mètre de haut, sous laquelle bourdonnent plusieurs techniciens, les interprètes entrent et sortent de partout. Les dispositifs scéniques leur permettant de représenter un bar, diverses chambres d’hôtel, un village irakien, un campement militaire, un lieu de rencontres de dépendants au jeu, une piscine et tant d’autres lieux sont tout simplement spectaculaires. La mécanique donnant vie à ces situations est aussi belle et fascinante à voir aller qu’un ballet parfaitement chorégraphié.

Pas un seul moment dans la production le regard des spectateurs est abandonné à l’ennui, au prévisible et au déjà-vu.

Malheureusement, ces mêmes spectateurs attentifs ne peuvent faire autrement que de constater le jeu inégal des membres la distribution. Alors que certains acteurs frôlent le grandiose par moments, d’autres offrent des interprétations fades, avant de se révéler brillants dans un autre personnage.

Les artisans de Pique nous invitent à découvrir un univers, sans se donner le mandat de raconter un récit linéaire et conventionnel. Les tabous explosent, les perversités se dévoilent, les non-dits se révèlent, le laid côtoie le clinquant, pendant que les paillettes étouffent sous un oreiller.

On admire la liberté dans le propos, on remarque plusieurs images fortes, mais on reste tout de même avec l’impression que la mécanique scénique est mille fois plus intéressante et marquante que l’histoire.

Du 14 au 25 janvier 2014 à la TOHU. Pour plus de détails, cliquez ici.

EN IMAGES:

Robert Lepage présentera «Pique» et «Coeur»
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