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15/01/2014 11:48 EST | Actualisé 17/03/2014 05:12 EDT

En Espagne, une coopérative de prostituées sur l'île d'Ibiza

Des prostituées de l'île d'Ibiza, aux Baléares, ont créé une coopérative leur permettant de payer leurs impôts et de bénéficier de la sécurité sociale, expliquant qu'il s'agit de la première initiative de ce genre en Espagne.

Onze femmes d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années, venues d'Espagne, d'Italie ou de pays de l'Est, se sont enregistrées en novembre auprès des autorités locales en tant que membres de la coopérative Sealeer, offrant des services sexuels, explique leur porte-parole, Maria José Lopez.

"Nous sommes des pionnières. Nous sommes la première coopérative en Espagne capable de fournir une couverture légale aux filles", assure-t-elle, ajoutant que la coopérative espère attirer 40 femmes supplémentaires.

Maria José Lopez n'est pas une prostituée, mais une femme au foyer de 42 ans qui représente les autres femmes de Sealeer.

Comme toute autre coopérative, les membres de Sealeer déclarent leurs revenus et paient des impôts, ce qui leur ouvre les droits à la santé publique, à la retraite et à d'autres avantages sociaux.

Selon un rapport parlementaire de 2007, les Espagnols dépensaient alors 50 millions d'euros par jour pour payer les services de prostituées, au nombre de 400.000 dans le pays.

A Ibiza, dont les plages attirent chaque année des millions de touristes étrangers, "la prostitution draine d'énormes sommes d'argent pendant l'été", dans les bars à hôtesses et les appartements privés, remarque Maria José Lopez.

"De la même manière que les autorités contrôlent les hôtels et les restaurants, pour s'assurer que les salariés sont déclarés, elle devraient aussi constater que les filles sont bien traitées et agissent dans la légalité", ajoute la porte-parole.

La prostitution en Espagne n'est pas illégale mais en novembre, le gouvernement a présenté un projet de loi dans lequel il prévoit de sanctionner par des amendes les personnes qui seraient surprises avec des prostituées près des écoles.

A Barcelone (nord-est), les autorités infligent des amendes à ceux qui recourent aux services de prostituées dans les rues, et celles de Madrid projettent de faire de même.

La coopérative "est un moyen de donner aux femmes de l'indépendance par rapport aux réseaux de proxénètes, pour les femmes qui choisissent d'exercer cette profession", souligne Gloria Poyatos, ancienne avocate devenue juge, qui a conseillé les prostituées d'Ibiza.

"Je pense que quelque chose change. Un débat s'amorce dans la société sur la question de régulariser ou non la prostitution", ajoute-t-elle.

Bien que la prostitution soit tolérée dans la pratique en Espagne, le sujet est sensible. "Dans ce cas, nous parlons d'une minorité de prostituées supposées être libres, mais en réalité, dans la plupart des cas, elles n'ont pas vraiment le choix", remarque Ignacio Arsuaga, le président du groupe de pression conservateur HazteOir. "Réglementer la prostitution peut porter préjudice aux victimes qui sont exploitées, aux esclaves sexuelles".

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