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Questions sur le réel état de santé de Bouteflika après son hospitalisation

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BOUTEFLIKA
Abdelaziz Bouteflika | AFP

L'hospitalisation d'Abdelaziz Bouteflika à Paris le 14 janvier "pour un contrôle routinier", à 48 heures de la convocation du corps électoral pour la présidentielle en Algérie, a soulevé des questions sur son réel état de santé.

Agé de 76 ans, le président, au pouvoir depuis 14 ans, était rentré en Algérie le 16 juillet 2013 après trois mois de soins en France. Il avait été hospitalisé d'urgence le 27 avril à Paris à la suite d'un AVC. A son retour il était resté un temps absent de la scène politique, avant d'y revenir petit à petit. Bouteflika avait déjà été soigné au Val-de-Grâce à Paris en 2005 d'un ulcère hémorragique de l'estomac, auquel il avait dit avoir survécu "miraculeusement".

Bouteflika est considéré comme l'artisan de la réconciliation nationale après dix ans de guerre civile en Algérie. Il détient le record de longévité pour un chef d'Etat algérien.

Colères "théâtrales"

Né le 2 mars 1937 à Oujda (Maroc) mais d'une famille originaire de Tlemcen (ouest algérien), il rejoint très vite, dès 1956, l'ALN en lutte contre la France. Il devient à l'indépendance, à seulement 25 ans, ministre des Sports et du Tourisme sous la présidence de Ben Bella. S'il hérite rapidement, en 1963, du portefeuille de la diplomatie qu'il conserve jusqu'en 1979, il soutient toutefois Houari Boumediene, alors ministre de la Défense, qui renverse en juin 1965 Ben Bella.

S'affirmant le dauphin de Boumediene, dont il prononcera en larmes l'oraison funèbre en décembre 1978, il est écarté. Exilé volontaire à Dubaï et Genève notamment, il refuse en 1994 de prendre les rennes d'un pouvoir de transition que lui propose l'armée. Revenu comme candidat à la présidence en avril 1999, il se retrouve seul en lice après le retrait de six adversaires convaincus qu'il y aura des fraudes. Dans un pays en pleine guerre civile, "Boutef", comme l'appelaient familièrement ses compatriotes, s'emploie alors à rétablir la paix après quelque 200.000 morts. Cet ancien officier de l'Armée de libération nationale (ALN) a été reconduit pour deux autres quinquennats en 2004, puis en 2009 en amendant la Constitution.

En 2011, sous le souffle du Printemps arabe qui a balayé plusieurs vieux dirigeants du monde arabe, il annonce des réformes pour éviter la tempête, mais ces mesures seront jugées très insuffisantes par l'opposition. Partisan d'un régime présidentiel, il concentre tous les pouvoirs entre ses mains et réduit cette opposition à un simple rôle de faire-valoir.

Tribun hors pair, aussi à l'aise en arabe qu'en français, il a parfois fait preuve de colères "théâtrales" et soigne sa tenue: costumes trois pièces et cravate, même en pleine canicule.

"Il était tellement méprisant que ses chefs de gouvernement n'osaient jamais prendre la parole lors des conseils des ministres", se souvenait un ancien ministre, en poste de 1999 à 2002, qui évoque devant un journaliste de l'AFP un chef d'Etat "versatile". A titre d'exemple, se souvient-il, Bouteflika avait un jour défendu "bec et ongles" le retour à l'enseignement bilingue (arabe-français), abandonné au milieu des années 1980. Mais il avait fait "marche-arrière peu de temps après, en martelant qu'il était hors de question de toucher au caractère sacré de la langue arabe", affirme cet ancien responsable sous couvert d'anonymat.