NOUVELLES
14/01/2014 04:31 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

Mexique : les milices mobilisées contre les cartels s'affrontent avec l'armée

La bataille menée par des milices contre un cartel de narcotrafiquants dans l'ouest du Mexique a viré mardi à l'affrontement mortel avec l'armée intervenue sur ordre des autorités jusque-là accusées de passivité tant envers les criminels que ces groupes d'autodéfense.

Les autorités judiciaires de l'Etat du Michoacan ont confirmé qu'une personne avait été tuée, mais un porte-parole des groupes d'autodéfense a fait état de quatre morts dans la région de Tierra Caliente (Terre chaude).

Les incidents sanglants sont intervenus dans la localité de Cuatro Caminos, mardi à l'aube, après la demande adressée la veille par le gouvernement aux groupes d'autodéfense de déposer les armes.

Estanilao Beltran, un chef milicien, a raconté à l'AFP qu'un convoi de militaires s'était présenté mardi à l'aube dans la localité de Cuatro Caminos pour désarmer le groupe d'autodéfense qui en avait pris le contrôle en fin de semaine pour en expulser le cartel des Chevaliers Templiers.

Selon Beltran, des habitants de Cuatro Caminos sont alors sortis de leurs maisons pour exiger des militaires qu'ils rendent les armes prises aux miliciens et ont bloqué la route afin d'empêcher les soldats de repartir.

"Lors de cette confrontation, un soldat a tiré et tué deux (miliciens) communautaires sur place. Deux autres personnes, blessées, dont une fillette de 11 ans, sont mortes lors de leur transport à l'hôpital", a dit Beltran, qui a assuré avoir été présent au moment de l'affrontement.

"L'armée doit se maîtriser"

Des journalistes de l'AFP ont assisté mardi à la veillée funèbre d'un jeune tué dans ces événements.

"Nous étions réunis car nous demandions la paix et la sécurité. L'armée doit se maîtriser", a dit Juana Perez, mère du défunt, Rodrigo Benitez, 25 ans.

"Mon fils n'était pas dans l'autodéfense, mais il était accouru pour aider des villageois dans la confrontation avec l'armée et il est mort d'une balle perdue", a raconté cette mère de neuf enfants, effondrée en larmes devant le cercueil de son fils.

Le désarmement des milices du Michoacan "a déjà commencé ainsi que le rétablissement de l'ordre légal", a affirmé mardi sur la chaîne Televisa le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam.

Dans la nuit de lundi à mardi les autorités fédérales avaient envoyé 11 hélicoptères et 70 éléments des forces d'élite vers Tierra Caliente où sont déjà déployés des milliers de militaires et de policiers.

Mais Beltran de son côté a assuré que son mouvement "ne va jamais lâcher ses armes" jusqu'à l'arrestation des principaux chefs des Templiers, faisant apparaître des positions divergentes au sein du mouvement.

Il a affirmé que le leader des milices, José Manuel Mireles, qui avait assuré lundi soir qu'il se conformerait aux ordres des autorités légales "est déconnecté de la réalité".

Les groupes d'autodéfense surarmés se sont multipliés depuis février dernier dans diverses localités du Michoacan, créées au départ par des civils - entrepreneurs, artisans, médecins, agriculteurs - exaspérés face à l'impuissance des polices municipales à protéger les populations face aux exactions des Templiers.

Selon ces groupes d'autodéfense, le cartel de narcotrafiquants des Templiers se livre impunément depuis des années à des activités criminelles allant du trafic de drogue au racket et aux enlèvements, sans que les successives opérations fédérales n'y changent rien.

Les milices soutenues par d'autres cartels ?

Le Michoacan était déjà l'État où le précédent président, Felipe Calderon (2006-2012) avait pour la première fois lancé l'armée contre les narcotrafiquants, en décembre 2006.

La décision fédérale de s'opposer à des milices de plus en plus puissantes vient après les critiques sur la passivité dont aurait fait preuve jusqu'à présent le gouvernement face aux groupes d'autodéfense, devenus de véritables groupes paramilitaires.

Dimanche, les militaires étaient restés passifs face à la prise de contrôle par les milices de Nueva Italia, un point clé qui était jusque-là sous le contrôle des narcos.

Mais les milices, qui ont pris au cours des derniers mois le contrôle d'une vingtaines de municipalités, où elles érigent des barricades en sacs de sable, avaient annoncé leur intention de s'attaquer au principal bastion d'Apatzingan, une ville de 120.000 habitants.

Le ministre de la Justice a indiqué mardi qu'il avait des informations sur le fait que des groupes d'autodéfense étaient l'objet "d'un certain parrainage" de la part de groupes criminels opposés aux Chevaliers Templiers, selon les déclarations mêmes de certains miliciens arrêtés.

lp-gbv/jcb/hdz/bir

PLUS:hp