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14/01/2014 09:27 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

L'Égypte vote sur une nouvelle Constitution, des affrontements font 11 morts

LE CAIRE, Égypte - Des hélicoptères bourdonnaient dans le ciel et des centaines de milliers de soldats et de policiers étaient déployés à travers l'Égypte, mardi, alors que les Égyptiens étaient appelés aux urnes pour se prononcer sur la nouvelle Constitution du pays, qui ouvrira vraisemblablement la voie à la candidature présidentielle du général qui a renversé l'ancien président islamiste.

Des affrontements entre la police et des manifestants fidèles à l'ex-président Mohammed Morsi ont fait au moins 11 morts au premier jour du référendum, censé représenter un point tournant dans le plan de transition mis en place par le gouvernement militaire après le renversement de M. Morsi en juillet, ont indiqué des responsables de la sécurité.

Les heurts sont survenus au Caire, dans la province voisine de Gizeh et dans deux provinces au sud de la capitale, Beni Suef et Sohag, selon le ministère de la Santé. Au moins 28 personnes ont aussi été blessées.

Une importante opération de sécurité était en cours à travers le pays pour empêcher les partisans de l'ex-président islamiste de perturber le vote, et par crainte d'éventuelles attaques menées par des extrémistes islamistes.

Plus de 200 000 policiers et quelque 160 000 soldats ont été déployés à travers le pays de 90 millions d'habitants. Les voitures ne pouvaient se garer ni même circuler devant les bureaux de vote, tandis que les femmes étaient fouillées par des policières. Des hélicoptères militaires survolaient Le Caire et les autres grandes villes du pays.

Peu avant l'ouverture des bureaux de vote, une explosion a touché un tribunal du Caire, endommageant la façade du bâtiment et faisant éclater les vitres des édifices voisins. L'explosion, survenue dans le quartier densément peuplé d'Imbaba, un bastion des Frères musulmans, n'a pas fait de victime.

Dans les jours ayant précédé le référendum, l'Égypte semblait davantage se préparer à la guerre qu'à aller voter dans le cadre d'une transition vers la démocratie. Le gouvernement et les médias, largement favorables aux militaires, ont présenté le vote comme une étape cruciale pour la sécurité et la stabilité du pays.

Des centaines de milliers de prospectus, d'affiches et de bannières appelaient les Égyptiens à voter «oui». Des affiches et des campagnes faisant la promotion du «non» ont mené à des arrestations.

Le référendum est la sixième élection nationale en Égypte depuis que le dictateur Hosni Moubarak a été renversé par un soulèvement populaire, en 2011. Les cinq précédents scrutins ont été considérés comme les plus libres de l'histoire du pays.

Même si le risque de fraude semble minime, le référendum se déroule à un moment où les libertés obtenues avec la révolution se sont fragilisées depuis que M. Morsi a été délogé du pouvoir, après seulement un an en poste.

La nouvelle Constitution, élaborée par une commission libérale nommée par le gouvernement militaire, interdirait les partis politiques fondés sur la religion, donnerait des droits égaux aux femmes et protégerait le statut de la minorité chrétienne.

Le texte est en fait une version lourdement amendée de la Constitution élaborée par les alliés islamistes de M. Morsi et ratifiée en décembre 2012 après un vote populaire de 64 pour cent, mais un taux de participation d'à peine plus de 30 pour cent.

Le référendum, qui doit durer deux jours, pourrait ouvrir la voie à la candidature présidentielle du plus haut responsable militaire du pays, le général Abdel-Fattah Al-Sissi, qui a renversé Mohammed Morsi. L'actuel gouvernement intérimaire espère une large majorité de «oui» au référendum et un taux de participation élevé pour obtenir une légitimité incontestable, voire un mandat populaire pour le général Al-Sissi. Celui-ci n'a pas encore dit s'il comptait se présenter à la présidence, mais sa candidature semble de plus en plus probable.

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