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13/01/2014 08:55 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Sharon inhumé en terre d'Israël, tout près de Gaza

L'ex-général Sharon a été porté en terre lundi après-midi avec les honneurs militaires dans sa ferme des Sycomores, dans le désert du Néguev, selon sa volonté, aux côtés de sa seconde épouse, Lily, au milieu des palmiers et des moutons.

Sur une colline surplombant la ferme, à proximité de la bande de Gaza évacuée unilatéralement sur ordre de Sharon en 2005, quelques centaines de personnes suivaient la cérémonie devant des écrans géants.

Pour son ancien conseiller juridique Ravid Yoram, qui se flatte de l'avoir compté parmi ses amis, "Sharon restera d'abord et avant tout comme un héros de guerre".

Selon un ancien soldat des commandos "Rimon", une unité de l'armée créée en 1970 à l'initiative de Sharon pour traquer les combattants palestiniens dans la bande de Gaza, "il était notre ami et notre père".

Un vieux Bédouin du Néguev venu lui rendre hommage, Deif al-Tarabine, confie que le défunt "était bon avec tout le monde, bien qu'il ait eu la fonction difficile de Premier ministre".

"C'était un héros, il était très courageux", renchérit Hana Danieli, une femme d'une soixantaine d'années.

Selon un autre participant, Noam Ariel, "il n'y a aucun dirigeant en Israël aujourd'hui qui ait l'autorité et le charisme de Sharon".

"Chaque décision qu'il a prise a marqué un tournant" historique, confirme le commandant Shlomo Ajami, qui a participé à l'invasion du Liban en 1982, planifiée et exécutée par Sharon, alors ministre de la Défense.

Shlomo Golan, 80 ans, qui a combattu pendant l'expédition de Suez en 1956, reproche néanmoins à Sharon son rôle dans les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila par ses alliés phalangistes chrétiens libanais à Beyrouth en septembre 1982.

"Bien sûr, je suis en désaccord avec certaines de ses décisions en tant que ministre de la Défense, mais je suis quand même là pour lui rendre hommage", explique-t-il.

Yaakov Cohen, 78 ans, un vétéran de la guerre d'octobre 1973, raconte "l'avoir bien connu. Nous nous sommes même douché ensemble". "Je n'étais pas d'accord avec le retrait de Gaza, mais si Sharon a décidé que c'était ce qu'il fallait faire, alors il avait raison", estime-t-il.

Salves militaires et roquettes de Gaza

Aux grandes portes électriques du ranch, des moutons bêlent entre les voitures du Shin Beth, le service de sécurité intérieure.

Huit généraux israéliens ont porté le cercueil, enveloppé du drapeau bleu et blanc frappé de l'étoile de David, pendant qu'étaient psalmodiées des prières funéraires.

Ils ont ensuite descendu la bière dans la tombe avant de la recouvrir de terre.

Selon la tradition juive, les deux fils du défunt, Omri et Gilad, le col de la chemise déchiré en signe de deuil, ont récité le "Kaddish", la prière des morts.

Prononçant l'éloge funèbre, le chef d'état-major, le général Benny Gantz a promis de rester fidèle à l'héritage du "combattant", rappelant sa longue carrière militaire.

Lui succédant au micro son fils ainé Omri s'est adressé à son père en désignant la foule.

"Regarde autour de toi, le peuple venu te rendre hommage... tu le mérites, cet hommage", a-t-il affirmé.

Selon son frère cadet Gilad, "même ceux qui étaient en colère contre toi à cause du retrait de Gaza doivent se souvenir que tu as construit plus d'implantations que n'importe qui d'autre sur la terre d'Israël".

Après le dépôt des gerbes officielles, dont celles de 20 représentants de pays étrangers, la cérémonie s'est conclue par trois salves militaires.

Des batteries du système antimissile "Iron Dome" (Dôme de Fer) ont été déployées dans le secteur et le nombre de drones surveillant en permanence Gaza, contrôlé par le mouvement islamiste palestinien Hamas, a été augmenté pour parer à d'éventuels tirs de roquettes.

Deux roquettes tirées du territoire palestinien sous blocus israélien sont tombées dans une zone inhabitée proche de la ferme, après la fin des funérailles, sans faire ni victime ni dégât.

De l'autre côté de la frontière, le "héros de guerre" Sharon est considéré comme un "criminel de guerre" qui aura échappé à la justice internationale.

"Il a laissé une profonde blessure et une grande souffrance au peuple palestinien, qui ne peuvent pas être oubliées facilement", souligne Taleb al-Nounou, qui regarde la retransmission des cérémonies dans un café de Gaza.

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