POLITIQUE
13/01/2014 03:59 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Sables bitumineux: Neil Young répond aux critiques du gouvernement Harper

AP
Musician Neil Young arrives for the film "Neil Young Journeys" at the Toronto International Film Festival in Toronto on Monday, Sept., 12, 2011. (AP Photo/The Canadian Press, Nathan Denette)

TORONTO - Neil Young a réitéré lundi ses critiques envers le gouvernement conservateur et les sables bitumineux albertains, répondant ainsi point par point à une déclaration du porte-parole du premier ministre Stephen Harper.

Le chanteur folk-rock canadien a tenu dimanche une conférence de presse à Toronto au cours de laquelle il a comparé la zone industrielle de Fort McMurray à la dévastation d'Hiroshima provoquée par la bombe atomique en 1945, et a dit être «embarrassé» par ce gouvernement canadien qui «brade son intégrité contre de l'argent».

La conférence de presse de dimanche visait à donner le coup d'envoi au premier de quatre concerts visant à soutenir une nation autochtone de l'Alberta qui combat l'exploitation des sables bitumineux.

Jason MacDonald, porte-parole de M. Harper, a aussitôt rétorqué, dimanche, que le secteur des ressources naturelles constitue un «élément fondamental» de l'économie canadienne, et que le «train de vie des stars du rock» s'appuyait, en partie, sur les ressources exploitées «par des milliers de Canadiens qui triment dur chaque jour».

Lundi, M. Young a contre-attaqué, précisant que sa querelle avec Ottawa découlait du fait que le gouvernement «violait» les traités avec les Premières Nations et «pillait» les ressources auxquelles les Autochtones ont droit.

Le chanteur, âgé de 68 ans, a par ailleurs souligné que «les vedettes du rock n'ont pas besoin de pétrole» — lui-même avait conduit de la Californie jusqu'au secteur des sables bitumineux en Alberta, puis jusqu'à Washington, «sans utiliser une seule goutte de pétrole».

«La génératrice de mon auto fonctionne à la biomasse, l'un des nombreux carburants du futur que le Canada devrait développer pour l'ère post-pétrole.»

Se défendant de s'en prendre aux travailleurs, la vedette canadienne a plutôt déversé son fiel sur l'industrie qui les emploie. «[Celle-ci] creuse un fossé dont nos petits-enfants auront de la difficulté à sortir. Il existe de meilleurs emplois qui peuvent être développés, ainsi que des industries utilisant des sources d'énergie propre pour nous aider à faire du monde un endroit plus sûr pour nos petits-enfants», a-t-il estimé.

L'artiste canadien s'en est aussi pris aux effets environnementaux «toxiques» de l'exploitation des sables bitumineux, tout en notant que «le pétrole n'est pas destiné au Canada mais à la Chine, où le niveau de pollution de l'air dépasse de 30 fois les concentrations jugées sûres par l'Organisation mondiale de la santé».

«Est-ce tout ce que le Canada représente?», s'est-il demandé. «En tant que citoyen canadien, je crains que notre gouvernement n'agisse pas en suivant les principes dictés par la science.»

Quant à l'affirmation de M. MacDonald voulant que le Canada «reconnaisse l'importance de l'exploitation responsable des ressources», et qu'Ottawa «continuerait de s'assurer que les lois et normes environnementales canadiennes demeurent rigoureuses», M. Young parle carrément d'hypocrisie de la part du gouvernement.

«Les lois environnementales canadiennes ne sont d'aucune importance si elles ne sont pas respectées», a-t-il lâché.

Greenpeace jubile

Chez Greenpeace, le responsable de la campagne Climat-Énergie et Arctique, Patrice Bonin, s'est réjoui que cette sortie de Neil Young permettra «de rejoindre un tout autre public», car la vedette projette «une aura» [d'influence] autour de lui.

La tournée de sensibilisation du chanteur «aura beaucoup d'impact», reconnaît M. Bonin, d'autant plus que Neil Young «met beaucoup l'accent sur les impacts sur les Autochtones, sur les gens qui vivent au sein des sables bitumineux et qui sont affectés par leur développement».

«On parle souvent de l'effet environnemental des sables bitumineux, mais on oublie parfois l'impact sur les populations locales: les sables sont aussi problématiques pour l'empiétement sur les territoires ancestraux et l'accès à l'eau», a soutenu M. Bonin.

Si l'organisme environnemental travaille en collaboration avec les populations autochtones albertaines, Greenpeace n'est cependant pas en partenariat avec Neil Young, précise M. Bonin en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.

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