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13/01/2014 10:00 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Egypte: référendum constitutionnel en forme de plebiscite pour le chef de l'armée

Quelque 53 millions d'Egyptiens sont appelés aux urnes mardi et mercredi pour approuver une nouvelle Constitution, un référendum s'apparentant à un plébiscite pour le chef de l'armée qui a destitué en juillet le président islamiste Mohamed Morsi.

Car le général Abdel Fattah al-Sissi, vice-Premier ministre, ministre de la Défense, commandant en chef de l'armée et véritable homme fort du pays le plus peuplé du monde arabe, a déclaré trois jours avant le scrutin qu'il se présenterait à la présidentielle prévue en 2014 si le "peuple le réclame" et si l'armée soutient sa candidature.

Et il a prononcé ces mots samedi après avoir appelé les Egyptiens à se rendre "massivement" aux urnes voter "oui" pour la nouvelle Constitution. Celle-ci a été rédigée par une commission nommée par le gouvernement intérimaire que le général avait mis en place dès le 3 juillet après avoir annoncé la destitution et l'arrestation de M. Morsi, premier président civil et le seul à jamais avoir été élu démocratiquement en Egypte.

Depuis, fort du soutien d'une large majorité de l'opinion publique, le pouvoir dirigé de facto par l'armée réprime implacablement et dans le sang les partisans de M. Morsi, en particulier son influente confrérie des Frères musulmans.

Leurs rangs ont été décimés dans les manifestations ces six derniers mois ou emprisonnés par milliers, et les Frères ont appelé à boycotter le référendum, mais certains continuent de protester quotidiennement dans la rue, en petit nombre. Plus d'un millier de manifestants ont été tués depuis la destitution de M. Morsi.

Les attentats se sont multipliés, y compris au Caire, revendiqués par des mouvements jihadistes alliés à Al-Qaïda mais le gouvernement accuse les Frères musulmans d'en être à l'origine et a décrété la confrérie "organisation terroriste".

Scrutin sous haute surveillance

Pour assurer la sécurité du scrutin mardi et mercredi, le gouvernement intérimaire a annoncé le déploiement de 160.000 soldats et 200.000 policiers dans tout le pays. Les bureaux de vote ouvriront à 09H00 (07H00 GMT).

Certaines organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent un scrutin organisé dans un climat de peur et de répression de toute opposition, mais la très grande majorité de la population soutient le nouveau pouvoir et n'a d'yeux que pour le général Sissi, dont les portraits ornent les rues et presque chaque boutique au Caire.

Lorsqu'il a annoncé la destitution de M. Morsi le 3 juillet, il a invoqué les millions de manifestants réclamant trois jours plus tôt le départ du président qu'ils accusaient de vouloir islamiser de force la société égyptienne et de ruiner une économie déjà exsangue.

Puis le général Sissi avait aussitôt donné mandat au gouvernement intérimaire de changer la Constitution et d'organiser en 2014 des élections législatives et présidentielle. Cette dernière devrait intervenir dans les six mois.

Pour les experts, le nouveau pouvoir voit dans ce référendum un premier moyen d'obtenir une caution dans les urnes pour ce que ses détracteurs présentent comme un "coup d'Etat" mais dont l'armée assure qu'il répondait à un ras-le-bol populaire massif à l'égard de Frères musulmans accaparant sans partage le pouvoir depuis un an.

"Ils ont besoin d'un vote populaire de confiance clair, qui permettrait au général Sissi de se présenter à la présidentielle s'il le décidait", estime Andrew Hammond, expert au European Council on Foreign Relations.

Le référendum est un "test" pour "l'ordre post-Morsi, qui permettra également de mesurer "la popularité de Sissi", renchérit Issandr El Amrani, directeur du projet Afrique du Nord d'International Crisis Group. D'ailleurs, note-t-il, le scrutin de mardi et mercredi "est explicitement présenté de cette façon par l'élite au pouvoir".

Le projet de nouvelle Constitution a été débarrassé de clauses ajoutées sous M. Morsi renforçant les devoirs religieux mais ne modifie que très marginalement les pouvoirs institutionnels, notamment ceux du président. Il renforce cependant quelque peu ceux, déjà exorbitants, de l'armée.

Depuis qu'une révolte populaire début 2011 a chassé du pouvoir Hosni Moubarak, lui aussi issu de l'armée, après 30 ans de règne absolu, les Egyptiens ont déjà été appelés à se prononcer à trois reprises sur des textes ou amendements constitutionnels.

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