POLITIQUE
10/01/2014 12:17 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Commission Charbonneau: la «filière à Johnny» dans le collimateur

CEIC

Y avait-il une voie privilégiée pour obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ ou de son fonds immobilier? Le cas échéant, qui tirait les ficelles et qui savait quoi? Des membres du crime organisé ont-ils profité de certaines largesses?

Un texte de François Messier

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Voilà les questions qui occuperont la commission Charbonneau dès la reprise des audiences publiques, lundi, après pour une pause d'un mois.

Les travaux de l'automne ont montré qu'elle s'intéresse particulièrement aux agissements d'un quatuor d'hommes que la procureure Sonia LeBel a baptisé « la filière à Johnny ».

  • Jean « Johnny » Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction et ex-membre des conseils d'administration du Fonds de solidarité FTQ et de la SOLIM;
  • Denis Vincent, une relation des Hells Angels de Trois-Rivières, considéré proche de Jean Lavallée, que l'enquêteur Comeau a qualifié de « courtier fantôme »;
  • Guy Gionet, ex-PDG du bras immobilier du Fonds (ex-SOLIM), relevé de ses fonctions en mai 2009 dans la foulée d'une enquête interne;
  • Tony Accurso, important entrepreneur en construction du Québec, qui a été accusé au terme des opérations Gravier (Mascouche) et Honorer (Laval).

M. Accurso ne risque pas d'être appelé à la barre des témoins de sitôt, puisqu'il conteste son assignation à comparaître devant la Cour supérieure du Québec, mais les trois autres risquent de devoir livrer leur version des faits plus tôt que tard.

Michel Arsenault pourrait également être appelé à la barre. L'ex-président de la FTQ et ex-président du conseil d'administration du Fonds de solidarité FTQ a quitté ses fonctions cet automne, alors que la commission s'intéressait à sa gestion. 

Des écoutes électroniques révélatrices

La commission a présenté cet automne de nombreux extraits d'écoutes électroniques réalisés en 2008-2009 par la Sûreté du Québec lors de l'opération Diligence. Le Fonds de solidarité FTQ, Michel Arsenault et Guy Gionet ont tenté de les en empêcher, en vain, en recourant aux tribunaux.

Ces conversations ont notamment permis de réaliser que M. Arsenault et le PDG du Fonds, Yvon Bolduc, se démenaient au début de 2009 pour que le Fonds ne soit pas éclaboussé par ce que ce dernier a qualifié de « dossiers toxiques », dont ceux qui impliquaient M. Vincent.

L'affaire s'est soldée par le départ de Jean Lavallée des conseils d'administration du Fonds et de la SOLIM, le départ précipité de Guy Gionet au terme d'une enquête interne, et l'implantation de nouvelles règles de gouvernance au Fonds et au fonds immobilier.

La commission a aussi montré que l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis faisait beaucoup de lobbying auprès de MM. Arsenault et Gionet pour que des projets de ses amis Raynald Desjardins et Ronnie Beaulieu, des criminels notoires, obtiennent une aide du Fonds. Certaines de ses démarches ont porté leurs fruits.

De nombreuses questions subsistent d'ailleurs quant à l'infiltration de la mafia au sein de la FTQ-Construction.

L'ex-syndicaliste Ken Pereira a dit croire que Raynald Desjardins était le vrai « boss » du syndicat, tandis que M. Arsenault souligne sur une écoute électronique que Richard Goyette lui a admis avoir demandé la permission à M. Desjardins avant de briguer la succession de Jocelyn Dupuis.

La reprise des travaux de la commission devrait aussi être marquée par la levée partielle de l'ordonnance de non-publication touchant les propos de l'homme d'affaires Louis-Pierre Lafortune, qui a longuement témoigné avant la suspension des travaux. L'ex-vice-président des Grues Guay est accusé de gangstérisme dans l'affaire Diligence, à l'instar du Hells Angels Normand « Casper » Ouimet.

Un rapport d'étape dans quelques semaines

La commission Charbonneau prévoit tenir 44 jours d'audiences d'ici le 16 avril prochain. Une pause de deux semaines aura ensuite lieu, avant que les travaux ne reprennent le 5 mai, pour une durée indéterminée.

Rappelons que la commission doit déposer un rapport d'étape d'ici le 31 janvier 2014 au ministre de la Justice du Québec, Bertrand Saint-Arnaud. Il reviendra à ce dernier de le rendre public.

La commission doit encore se pencher sur le financement politique des partis provinciaux et sur l'octroi et la gestion des contrats du ministère des Transports du Québec, deux sujets qui font partie de son mandat, mais qui n'ont été qu'effleurés jusqu'ici.

Le rapport final de la commission doit être déposé le 19 avril 2015, au plus tard.

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