POLITIQUE
13/01/2014 08:23 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Commission Charbonneau: Guy Gionet, un PDG bien docile...

CEIC

Le témoignage de l'ex-PDG de la SOLIM Guy Gionet (2004-2009) confirme l'énorme ascendant qu'avait sur lui Jean Lavallée, président du CA du bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ, comme l'avaient laissé entrevoir les écoutes électroniques présentées l'automne dernier.

Un texte de Bernard Leduc

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Guy Gionet se défend cependant d'avoir dérogé aux bonnes règles de gestion à la SOLIM au bénéfice de M. Lavallée, un homme qui n'avait incidemment pas de formation en finances ni en immobilier.

Il reconnaît cependant que le président de la FTQ-Construction était informé des dossiers avant les autres membres du CA et qu'il attendait son assentiment avant de leur faire parvenir ces derniers pour étude et approbation. Les deux hommes se rencontraient pour discuter des dossiers au local de la FIPOE, le syndicat de M. Lavallée, mais aussi parfois au restaurant L'Onyx, de Tony Accurso.

« Il se considérait comme mon supérieur immédiat et je devais répondre à ses instructions », se défend M. Gionet, qui précise que M. Lavallée n'avait pas, pour autant, le pouvoir de diriger la SOLIM et que tout dossier devait être approuvé par le CA ».

M. Gionet admet aussi que de tous les individus liés au Fonds ou à la SOLIM, c'est Jean Lavallée qui lui a le plus souvent apporté en main propre des dossiers qui pourraient intéresser l'institution, dont ceux de Denis Vincent.

Il s'agissait généralement de dossiers provenant d'individus liés à la FTQ-Construction, explique-t-il. Certains venaient en fait de celui qui était alors directeur général du syndicat, Jocelyn Dupuis.

M. Gionet dit aussi que Yvon Bolduc, PDG du Fonds solidarité et membre du CA de la SOLIM, lui a aussi parlé à deux reprises des dossiers Pascal et 10-35, derrière lesquels se retrouve le sympathisant Hells Angel Ronnie Beaulieu, un proche de M. Dupuis.

Il admet aussi que M. Accurso avait ses entrées directes à la SOLIM, une situation connue tant par Yvon Bolduc que Jean Lavallée ou encore Michel Arsenault.

Jamais, ajoute-t-il, le président de la FTQ Henri Massé ou son successeur Michel Arsenault, ne lui ont suggéré de considérer un dossier.

Le sulfureux dossier de la marina Brousseau

M. Gionet dit ne pas avoir rencontré seul à seul Jean Lavallée avant qu'il ne le convoque en 2004, alors qu'il n'était encore que directeur de l'investissement, pour lui annoncer le départ du PDG Richard Marion, alors son patron. Ce dernier ne sera incidemment pas mis au courant de cette décision avant plusieurs semaines.

Le président de la FTQ-Construction et président du CA de la SOLIM lui précise alors qu'il ne souhaite pas que M. Marion ait vent de cette rencontre. Il lui indique surtout qu'il souhaite que le dossier de la marina Brousseau soit mené à terme.

Lors de son témoignage, M. Marion avait soutenu avoir refusé que la SOLIM investisse dans le dossier de la marina Brousseau, qu'il ne considérait pas comme un investissement d'affaires.

Il avait aussi eu vent que des Hells Angels gravitaient autour du dossier.

L'ex-PDG a dit s'être alors retrouvé confronté, à sa plus grande surprise, à la résistance de Guy Gionet, son subordonné, qui défend le projet, contre son propre avis, au nom de Jean Lavallée. M. Marion estime avoir payé de son emploi le refus de défendre certains dossiers, dont celui de la marina.

Guy Gionet reconnaît que M. Marion voyait ce dossier comme un mauvais investissement, mais se défend que ce dernier lui ait parlé de la présence du crime organisé.

Ce sera finalement M. Gionet qui terminera le montage du dossier afin qu'il soit présenté au CA de la SOLIM, M. Marion ayant entre-temps été congédié par Jean Lavallée. M. Gionet se défend d'avoir joué un rôle dans la décision de remercier Richard Marion.

Au départ de M. Marion, M. Gionet devient PDG intérimaire, avant d'être confirmé un peu plus tard dans ses fonctions par le président du Fonds Pierre Genest, par celui de la FTQ Henri Massé et par Jean Lavallée.

Ce dernier lui confirme alors qu'il aurait entre autres pour fonction de faire des projets non conventionnels, qu'il assimile à des projets tout simplement plus modestes, comme celui de la marina Brousseau.

M. Gionet, qui avait par ailleurs déjà croisé l'entrepreneur Tony Accurso au fil de certains dossiers, alors qu'il n'était encore que directeur de l'investissement, admet qu'il ne serait pas étonné que son embauche comme PDG ait fait l'objet d'une discussion entre MM. Lavallée et Accurso.

De lourds soupçon pèsent sur Gionet

Selon l'enquêteur de la commission Michel Comeau, qui s'appuie sur des écoutes électroniques, Guy Gionet faisait partie d'un réseau d'influence, « une filière », constituée de Jean Lavallée, de Tony Accurso et de Denis Vincent, un individu considéré proche des Hells Angels de Trois-Rivières par la police.

M. Comeau a précisé que M. Gionet avait été un « exécutant » à la solde de cette filière, soupçonnée d'avoir bénéficié d'un accès privilégié pour obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ. On dirait qu'il est « dirigé par Johnny » ,a-t-il avancé. M. Gionet a aussi travaillé de façon très soutenu sur plusieurs dossiers avec Denis Vincent.

Une vie consacrée à l'investissement immobilier

Guy Gionet, qui a dû quitter son poste de PDG dans la controverse en mai 2009, sur fond de perquisitions policières, a néanmoins continué à y jouer un rôle de consultant jusqu'en 2013, recevant pour ses services quelque 1,3 millions $.

Il fonde alors en plus, en parallèle, une société d'investissement immobilier, où se retrouvent notamment des partenaires privés rencontrés dans le cadre de ses activités passées à la SOLIM.

Les allégations entendues à l'automne 2013 à la commission Charbonneau, et surtout les écoutes électroniques, le contraignent à rompre ses liens avec cette société.

Dès le début de sa vie professionnelle, au début dans années 1980, Guy Gionet a œuvré au sein de diverses institutions financières dans le domaine de l'immobilier commercial, que ce soit pour Fiducie Desjardins, la Banque Laurentienne ou encore Kuchman Wakefield (ex- Royal Lepage) et CB Richard Ellis.

C'est alors qu'il travaillait dans cette dernière firme de courtage qu'il rencontre en 2001, Richard Marion, alors PDG de la SOLIM qu'il lui propose de faire le saut avec lui comme directeur de l'investissement. Quelques années plus tard, en 2004, il lui succède à la tête du bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ » avant d'être renvoyé en mai 2009.

Lavallée intervient au profit de la FIPOE

En fin d'avant-midi, Guy Gionet a expliqué que l'ascendant de Jean Lavallée sur les autres membres du C.A. de la SOLIM - dont Yvon Bolduc, Louis Bolduc, René Roy et Michel Coulombe - avait permis à la FIPOE d'investir « à plusieurs reprises » dans des projets de la SOLIM.

Lorsqu'il rencontrait M. Lavallée, en prévision du prochain CA, a-t-il dit, il arrivait que le syndicaliste demande à ce que le fonds de son syndicat investisse à part égale avec la SOLIM dans le cadre de « prêts mezzanines ». Autrement dit, si SOLIM avait prévu investir 4 M$ dans un prêt de second rang, la FIPOE allait finalement investir 2 M$ grâce à un de ses fonds - vraisemblablement le fonds social du syndicat - réduisant d'autant la part de SOLIM.

« M. Lavallée disait : "j'ai de l'argent disponible. Plutôt que de le laisser... ce serait bon d'indiquer qu'on peut, par un véhicule d'investissement comme celui-là, augmenter les rendements des syndicats en contribuant avec SOLIM à faire le prêt mezzanine" », a raconté M. Gionet.

M. Lavallée informait ensuite les autres membres du C.A. de la SOLIM de cette décision, en arguant que cela allait « encourager les rendements additionnels » pour son syndicat. Le tout était d'ailleurs « clairement indiqué » dans les documents présentés au C.A. pour approbation.

« Mon impression, c'est que, surtout au niveau du Fonds, [on] trouvait évidemment là une pratique un peu curieuse. Surtout qu'on n'a pas besoin de sous additionnels », affirme M. Gionet.

Lorsque le procureur Tremblay lui a demandé comment avait réagi les autres membres du C.A. de la SOLIM face à cette nouvelle approche, M. Gionet a répondu : « Il n'y a pas eu beaucoup de discussions. Il n'y a pas eu de commentaires. Ça a été approuvé. Il n'y a pas eu grand débat ». Il a admis dans la foulée que la participation de la FIPOE à ces prêts, souvent assortis de taux d'intérêt de 15 %, privait la SOLIM de certains profits.

Par François Messier

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