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13/01/2014 12:45 EST | Actualisé 14/03/2014 05:12 EDT

Attentat Hariri: le procès s'ouvre jeudi sur fond de violences au pays du cèdre

Le procès de quatre membres du Hezbollah accusés de l'assassinat en 2005 de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri s'ouvrira jeudi à La Haye, en leur absence, dans une procédure dont les enjeux sont éclipsés par la guerre en Syrie et les violences qui secouent le pays du cèdre.

Neuf ans après un attentat ayant conduit au départ de troupes syriennes ayant maintenu le pays sous leur joug pendant 30 ans et trois ans après le début du conflit qui ravage la Syrie, l'accusation va enfin débuter la présentation de ses éléments à charge.

Créé en 2007 par le Conseil de sécurité des Nations unies à la demande du Liban pour juger les responsables de l'attaque, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) devra composer avec l'absence de ses accusés, toujours en fuite malgré des mandats d'arrêts internationaux.

Selon l'accusation, Mustafa Badreddine, 52 ans, et Salim Ayyash, 50 ans, ont préparé et exécuté le plan ayant abouti à la mort de l'ancien Premier ministre et de 22 autres personnes, dont l'auteur de l'attentat, le 14 février 2005 à Beyrouth. 226 personnes avaient également été blessées.

Deux autres hommes, Hussein Oneissi, 39 ans, et Assad Sabra, 37 ans, sont accusés d'avoir enregistré une fausse cassette vidéo pour revendiquer le crime au nom d'un groupe fictif, "Victoire et Jihad en Grande Syrie".

MM. Oneissi et Sabra avaient fait parvenir cette cassette à la chaîne d'information Al-Jazeera.

Quelques heures plus tôt, une camionnette piégée avait explosé sur le front de mer alors que M. Hariri se rendait à son domicile à bord d'un véhicule blindé. L'explosion avait été équivalente à celle de 2,5 tonnes de TNT.

L'accusation, qui compte appeler huit témoins après sa déclaration liminaire jeudi et vendredi matin, entend prouver la culpabilité des accusés par ce qu'elle appelle elle-même des "preuves circonstancielles", à savoir les communications entre plusieurs téléphones portables qui appartiendraient aux accusés.

L'inculpation d'un cinquième suspect, Habib Merhi, avait été annoncée le 10 octobre.

Le TSL en arrière-plan

Entré en fonction le 1er mars 2009 dans une banlieue cossue de La Haye, le TSL a longtemps été une véritable pomme de discorde au Liban.

Il est de fait la source de tensions entre le parti chiite Hezbollah, soutenu par Damas, et ses rivaux de la coalition dite du 14-Mars, anti-syrienne, pro-occidentale et lancée en réaction à l'assassinat du sunnite Rafic Hariri.

Le Hezbollah estime que le TSL, premier tribunal pénal international pouvant juger des actes de terrorisme, est le fruit d'un complot "israélo-américain" visant à le détruire. Le Hezbollah a ainsi exclu la remise des quatre suspects au tribunal.

La question du soutien au TSL avait même entraîné la chute du gouvernement de Saad Hariri, fils de Rafic, en janvier 2011.

Selon l'avocat de Mustafa Badreddine, Antoine Korkmaz, l'attentat était "politique, pas un crime de terrorisme international" : "Il doit être jugé par un tribunal et des juges libanais", a-t-il affirmé à l'AFP.

Les tensions ont été encore plus exacerbées depuis que le Hezbollah a ouvertement pris parti pour le régime de Bachar al-Assad dans le conflit en Syrie. Selon les experts, le Liban doit se préparer à une recrudescence des violences.

Le clan Hariri a récemment assuré que les responsables de la mort de Rafic étaient également responsables de la mort de Mohammad Chatah, l'ancien ministre des Finances assassiné le 27 décembre 2013 et l'un des cerveaux de la coalition du 14-Mars.

M. Chatah était le neuvième critique du régime syrien à être tué au Liban depuis l'assassinat de M. Hariri, alors que le pays avait déjà été le théâtre de plusieurs attentats liés à la guerre en Syrie.

Moins d'une semaine après l'assassinat de M. Chatah, quatre personnes sont également décédées dans un attentat dans les quartiers sud de Beyrouth, fief du puissant Hezbollah chiite.

"Malheureusement, l'assassinat de Hariri a été submergé par d'autres événements dans la région", a expliqué à l'AFP un professeur en sciences politiques de l'Université américaine de Beyrouth, Hilal Khashan.

"La plus grande inquiétude pour la population n'est plus le tribunal pour Hariri, mais de savoir si oui ou non il y aura une explosion aujourd'hui ou demain", a-t-il ajouté.

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