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12/01/2014 10:00 EST | Actualisé 14/03/2014 05:12 EDT

Centrafrique : scène de "réconciliation" inédite entre combattants dans un quartier de Bangui

Pour la première fois depuis des semaines, le "capitaine" Souleyman a délaissé les rangers pour des tongs. Dimanche à l'aube, combattants musulmans et chrétiens du quartier Bimbo à Bangui ont décidé l'arrêt des hostilités et savourent un moment de répit.

"Franchement, ça fait du bien", sourit le capitaine en tongs, mais toujours sanglé dans un treillis impeccable. Combattant Séléka (ex-rebelles musulmans de Michel Djotodia qui ont renversé en mars 2013 le président François Bozizé), Souleyman Daouda est un des responsables de la barrière du PK-9, qui marque la sortie sud de Bangui.

De l'autre côté, se trouvent les positions des "anti-balaka", les milices chrétiennes encadrées par d'ex-militaires des Forces armées centrafricaines (FACA, armée de M. Bozizé). Les deux camps se harcèlent et se tirent dessus régulièrement.

Mais dimanche, la barrière est rouverte et la foule circule sans encombre. Après une nuit de tractations, les ennemis ont conclu un accord avec une médiation des forces française Sangaris et africaine Misca. Et, scène inédite dans le chaudron haineux de Bangui, anti-balaka et Séléka se sont donnés l'accolade dans une mise en scène de réconciliation.

"On est allés se promener dans le marché, on a pris un pot ensemble", raconte le capitaine Souleyman.

"Je ne sais pas si ça peut durer, mais c'était assez fort, la foule applaudissait", raconte prudemment Roger Kombo, un responsable politique chrétien témoin de la scène.

"On a discuté de la façon de faire pour que ça marche, on s'est demandé pourquoi on s'entretuait. Moi même j'ai tué des Séléka. Mais c'était étonnant, c'était vraiment une ambiance", relate Davy Louis Parfait, un combattant chrétien.

Ex-FACA, ce militaire dit avoir rejoint les milices chrétiennes le jour où sa fille a été tuée par des Séléka.

Des centaines d'anciens militaires ont ainsi rallié les rangs des anti-balaka, constitués en représailles aux exactions à grande échelle, en toute impunité, de combattants Séléka pendant des mois.

Mais ces milices ont à leur tour perpétré tueries et pillages contre les civils musulmans (minoritaires en Centrafrique), assimilés aux rebelles.

"un uniforme, un matricule, une solde"

La démission vendredi du président Michel Djotodia, honni par les chrétiens, n'a pas apaisé les rancoeurs et les haines entre les deux communautés.

Si des scènes de réconciliation ont déjà été organisées entre civils chrétiens et musulmans au cours des derniers jours, la fraternisation de combattants est une première.

De là à les imaginer combattant ensemble au service du pays, il y a cependant un grand pas.

La future autorité de transition, en train de se mettre en place, aura l'immense défi de remettre en ordre les forces de sécurité dans un pays livré au chaos et à l'anarchie depuis un an.

"Il faut refonder l'armée, en faire un vrai corps régalien, au service d'un Etat et non d'un homme", déclare à l'AFP le chef d'état-major, le général Ferdinand Bombayeke, qui a appelé tous les militaires de l'ex-armée régulière à revenir dans leurs casernes d'ici lundi.

"Et les FACA doivent revenir dans le jeu, on ne peut pas les laisser à l'écart", insiste-t-il.

"Il nous faut de l'argent, des équipements, des uniformes, et voir comment intégrer les Séléka", dont des milliers d'hommes sont actuellement cantonnés avec leur armement à Bangui, poursuit le général.

"On veut retrouver une armée con-ven-tion-nelle", martèle l'ex-FACA Louis Parfait. "Garde à vous, présentez armes, repos, la discipline quoi. L'armée type Séléka, ce n'est pas notre style", ajoute-t-il avec une grimace de mépris.

De son côté, le capitaine Séléka Souleyman Daouda se dit prêt à servir le futur pouvoir, à condition qu'on lui donne "un uniforme, un matricule, une solde", dans un pays où fonctionnaires et militaires sont payés épisodiquement depuis des années.

En attendant, le PK-9 savoure la détente offerte par l'accord de cessation des hostilités. Mais à deux kilomètres de là, le cadavre d'un homme gît sur le bas côté de la route. Tué pendant la nuit, il avait été jeté dans un puits.

cf/mc/de

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