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11/01/2014 12:45 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

La Calabre compte sur deux guerriers grecs pour se faire connaître

"Les Bronzes de Riace sont de retour", clame une banderole sur la façade du musée "Magna Grecia" de Reggio de Calabre. Après des années d'attente, la région appauvrie de Calabre compte sur ces magnifiques sculptures de la Grèce Antique pour se relancer.

Les deux guerriers grecs en bronze datant du 5e siècle avant Jésus-Christ, découverts par hasard par un plongeur amateur devant les côtes de Riace en 1972, ont rejoint leur "maison" dans le plus grand secret dans la nuit du 5 au 6 décembre. Au terme de quatre longues années souvent "frustrantes" pour la directrice des biens archéologiques de la Calabre, Simonetta Bonomi.

"Au printemps 2011, le musée (national archéologique Magna Grecia) était quasiment fini mais la restauration des bronzes (entamée en parallèle en 2009, ndlr) s'est avérée plus coûteuse que prévu et le refinancement a mis du temps à arriver si bien que nous étions bloqués", explique-t-elle à l'AFP-TV.

En ce début 2014, l'heure n'est cependant plus à l'amertume: les Bronzes de Riace sont confortablement installés au rez-de-chaussée du bâtiment.

Les statues plus sobrement dénommées "A" et "B" par les scientifiques ont été soumises à une nouvelle restauration encore plus minutieuse que les précédentes (entre 1972 et 1980, et en 1995).

"Imaginez la difficulté de travailler à l'intérieur de ces statues. Entrer par les chevilles étant un des accès principaux pour insérer des instruments munis de caméra, c'est un peu comme si l'on faisait une coloscopie ou une opération chirurgicale", confie Cosimo Giorgio Schepis, l'un des restaurateurs.

Les deux colosses, hauts de près de deux mètres, se dressent dans une salle immense, en compagnie de deux autres bronzes antiques, de plus petite envergure.

Rien qui puisse faire de l'ombre à ce que les chercheurs définissent comme des chefs d'oeuvre pour leurs proportions parfaites et leur réalisme: pose aguicheuse, veines sous tension.

Avant de les admirer, le visiteur doit se plier à un étrange cérémonial. Les entrées sont filtrées par un sas de décontamination où est projeté de l'air frais (à 21 degrés) pour supprimer les bactéries susceptibles de nuire à la bonne santé des statues. Après trois minutes dans la salle-filtre, les visiteur (par groupe de 20 au maximum) ont à leur disposition 20 minutes avec les sculptures.

Dans cette région à risque sismique élevé, les conservateurs ont perché les deux guerriers, qui pèsent chacun environ 200 kg, sur des socles mouvants, articulés par un système ingénieux.

Une dizaine de mètres les séparent. Presque un crève-coeur si l'on garde en mémoire que durant des siècles, les deux soldats, souvent présentés comme un père et son fils, ont vécu épaule contre épaule, enfouis sous le sable, les algues et les mollusques.

Présents sur toutes les brochures, affiches et produits dérivés du musée, ces guerriers au regard volontaire se veulent le symbole d'une Calabre désireuse de gagner en visibilité.

Giuseppe Scopelliti, président (centre-droit) de la région depuis 2010, espère des retombées économiques de leur réinstallation. "Quand les Bronzes étaient rentrés à Reggio de Calabre en 1981, le nombre de visiteurs avait été extraordinaire, un million sur un an. L'objectif pour cette année pourrait être de 300.000 visiteurs."

Une campagne de communication à l'échelle européenne est prévue avec un accès facilité pour les visiteurs qui choisiront l'avion ou les bateaux de croisières pour rejoindre une région au patrimoine archéologique et naturel encore méconnu.

Le temps ne semble pas avoir amoindri la capacité de séduction des deux guerriers à l'origine mystérieuse. Une récente "nocturne" gratuite du musée (de 21H00 à 02H00) a confirmé l'engouement quand 5.000 personnes se sont pressées pour les voir.

Les visites, encore limitées aux Bronzes, ont repris depuis le 21 décembre au Musée Magna Grecia.

Et "si tout se passe bien", précise Simonetta Bonomi, il rouvrira complètement ses portes en juin avec d'autres oeuvres découvertes dans la région.

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