NOUVELLES
11/01/2014 01:35 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Joie, bonbons et sérénité à Chatila après la mort de Sharon

A l'annonce de la mort d'Ariel Sharon, ministre israélien de la Défense au moment des massacres de Sabra et Chatila il y a 31 ans, une immense joie s'est emparée de ces quartiers misérables du sud de Beyrouth.

Dans les ruelles du camp de Chatila, où l'électricité n'est jamais arrivée, les habitants sont sortis dans les rues tout comme les combattants palestiniens en armes.

Adel Makki, 19 ans, s'est précipité pour offrir des bonbons aux passants. Son oncle a disparu durant les massacres commis entre le 16 et le 18 septembre 1982 par la milice chrétienne libanaise alors que l'armée israélienne encerclait les deux camps.

"J'ai été soulagé quand j'ai appris que Sharon était mort. Je crois que les années qu'il a passées dans le coma étaient une punition de Dieu pour les crimes qu'il a commis", affirme-t-il.

Lors du massacre, un millier d'hommes, de femmes et d'enfants ont été assassinés dans des conditions atroces et près de 500 autres ont disparu sans laisser la moindre trace.

Ahmad Khodr al Ghosh, âgé d'une dizaine d'années, avale un bonbon. "J'en ai pris un car cet assassin est mort. Il a tué des femmes et des enfants et maintenant nous sommes soulagés", explique-t-il.

Dans une autre partie camp, Oum Ali, 65 ans, a perdu son frère Mohammad de 23 ans dans la tuerie. Vêtue d'une robe noire et d'un foulard blanc, elle marche lentement, appuyée au bras d'une jeune parente. "Ma réaction à sa mort? Je veux jouer de la musique et chanter".

"J'aurais tellement voulu le poignarder car il aurait ainsi souffert beaucoup plus", regrette-t-elle cependant.

'Dieu est grand, il l'a fait souffrir'

En février 1983, la commission d'enquête officielle israélienne a évoqué la "responsabilité personnelle" d'Ariel Sharon, après avoir établi qu'il avait lui-même pris la décision de laisser les milices chrétiennes pénétrer dans les camps.

La majorité des habitants des deux camps auraient souhaité qu'il soit traduit en justice, mais beaucoup s'en remettent à la justice de Dieu.

"Bien sûr que je suis heureuse. J'aurais voulu qu'il soit jugé devant le monde entier pour ses crimes, mais il ne pourra pas échapper à la punition divine. Le tribunal de Dieu est plus sévère que les tribunaux d'en bas", assure Mirvat al-Amine, 43 ans, qui tient un magasins de sucreries et qui perdu un oncle dans les massacres.

Près du magasin, Magida 40 ans, se souvient de ces journées dramatiques.

Elle était partie avec sa famille dans un quartier proche de Chatila. "Notre voisine est arrivée la robe couverte de sang. Elle nous a dit que les gens étaient en train d'être massacrés dans les rues. Cela nous a semblé au début incroyable. Mais ensuite, nous avons entendu les cris des victimes qui suppliaient leurs assassins de leur laisser la vie sauve".

Dans le cimetière des martyrs palestiniens à Sabra, le Libanais Adnane al Moqdad, 63 ans, récite la fatiha (prières des absents) à la mémoire de sa mère et son père tués.

"Comment peut-on oublié le massacre ? C'est Sharon qui est responsable. Dieu est grand, il l'a fait souffrir à la fin de sa vie et il le fera souffrir après sa mort", dit-il.

Farhat Farhat, 67 ans, le "mokhtar" (agent municipal), marche seul à Chatila en regardant la joie des gens. "Il est resté dans le coma durant huit ans, comme si Dieu voulait que sa famille le voit dépérir de la même façon que Sharon nous a fait voir nos parents tués".

kam/sk/fcc

PLUS:hp