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11/01/2014 12:11 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Ariel, vous ne serez jamais revenu...

(Un texte de Manon Globensky) J'étais à Jérusalem, ce 4 janvier 2006, quand le géant Sharon s'est effondré. Je me souviens de cette longue nuit du 4 au 5 janvier quand il a été opéré d'urgence pour son deuxième AVC en moins d'un mois.

Il avait eu un avertissement le 18 décembre 2005, mais personne, ni ses médecins, ni lui, ni les Israéliens n'imaginaient que la maladie aurait le dessus sur cette force de la nature.

Alors, il est retourné chez lui et il a repris le rythme fou de sa vie de premier ministre pour deux semaines avant de s'effondrer... pour toujours...

Sauf que dans cette nuit du 4 au 5 janvier, nous ne savions rien du caractère définitif de son attaque cérébrale. Je me souviens d'avoir travaillé sans arrêt pour la radio et la télévision jusqu'à ce que mon collègue Michel Cormier arrive de Paris pour s'occuper des demandes de la télé.

Les rumeurs allaient bon train. Sharon était mort, Sharon s'était réveillé, Sharon allait reprendre la campagne électorale qui allait lui donner un troisième mandat à la tête du pays. Les jours se suivaient et se ressemblaient, une suite de hauts et de bas dont la constante demeurait l'espoir. L'espoir qu'Ariel Sharon allait se réveiller.

À cette époque, Sharon n'était plus l'ancien général qui avait contribué au déclenchement de la deuxième intifada en allant se promener sur l'esplanade des Mosquées. Il n'était plus celui qui n'avait pas pris les mesures nécessaires pour empêcher les massacres de Sabra et Chatila.

Sharon était le premier ministre qui venait de réaliser le retrait de Gaza, la fin des colonies juives à Gaza, dans les larmes et les manifestations. L'homme qui avait, à peine quatre ans plus tôt, fait campagne en affirmant que la guerre d'indépendance d'Israël n'était pas terminée, s'était révélé pragmatiste, convaincu en partie par les projections démographiques qu'il fallait sortir de Gaza, construire le mur de séparation et aller de l'avant avec la solution des deux États.

Il avait abandonné le Likud, fondé le parti Kadim. Il était comme une locomotive qui roule à toute vapeur vers son idée de la paix. Il évoquait même la fin des colonies de Cisjordanie. Arafat était mort depuis novembre 2004, c'était quelques mois après mon arrivée en poste au Moyen-Orient. Maintenant il restait Sharon. Mais qu'en était-il de Sharon?

Dans les mois qui ont suivi l'AVC et l'opération de janvier, on a fait l'épitaphe de l'ex-général, on a rappelé ses faits d'armes. Certains ont parlé d'un grand dirigeant, d'autres ont condamné sa logique de guerre. En avril 2006, il a été démis de ses fonctions de premier ministre, mais toujours les rumeurs refaisaient surface : il respirait sans aide, il pressait la main de ses petits-enfants, il allait peut-être finir par se réveiller.

Aujourd'hui, voilà le point final de cette histoire. Ariel Sharon ne sera pas revenu de ce coma qui a stoppé net sa vision.

Que serait-il advenu du processus de paix s'il n'avait pas eu cette attaque? Mes trois ans de couverture au Moyen-Orient m'ont démontré que rien n'est noir et blanc et que surtout, rien n'est assez simple pour dépendre de la volonté d'un seul homme. Controversé, remis en question, admiré pour sa dévotion à son pays, Ariel Sharon demeurera, comme Yitzhak Rabin, un leader à la vision inachevée.

Ariel Sharon, entre guerre et paix

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