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11/01/2014 10:31 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Ariel Sharon laisse un héritage politique en déshérence

L'ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon, décédé samedi à l'âge de 85 ans, laisse un héritage politique trop contrasté pour être revendiqué en bloc, par la droite ou par la gauche.

La gauche lui fait grief d'avoir promu la colonisation et lancé la désastreuse invasion du Liban en 1982, la droite, son camp, le désengagement de la bande de Gaza en 2005, et l'évacuation manu militari de plus de 8.000 colons du territoire palestinien.

Les colons, l'extrême droite, mais aussi la droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, chef du Likoud, son ancien parti, n'ont jamais pardonné à Ariel Sharon d'avoir ainsi "trahi" les colons.

"Il avait des mérites pour la sécurité d'Israël en tant que militaire, mais on n'oublie pas ce qu'il a fait à Gaza", a récemment affirmé le ministre de l'Economie et chef du parti procolonisation Foyer juif, Naftali Bennett.

Benjamin Netanyahu, sans citer nommément Sharon, se sert régulièrement de la prise du pouvoir par le mouvement islamiste Hamas à Gaza en 2007 comme épouvantail pour exclure un retrait de grande envergure de Cisjordanie ou le démantèlement massif de colonies.

La gauche s'est félicitée du départ de la bande de Gaza, mais en a critiqué le caractère unilatéral. Selon elle, en refusant d'en négocier les conditions avec le président palestinien Mahmoud Abbas, Sharon l'a affaibli et fait le lit du Hamas.

Sur le front électoral, les espoirs fondés sur Kadima, le parti centriste qu'Ariel Sharon avait créé en novembre 2005 après avoir claqué la porte d'un Likoud hostile au retrait de Gaza, ont fait long feu.

Peu après l'attaque cérébrale qui l'a plongé dans un coma irréversible, le 4 janvier 2006, son successeur Ehud Olmert conduisait Kadima à une victoire spectaculaire, écrasant le Likoud.

Mais après s'être fait damer le pion en 2009 par M. Netanyahu, qui fait quasiment jeu égal avec lui et parvient à former une coalition, le parti centriste s'étiole dans l'opposition et fait scission.

"Petite concession pour en éviter une grande"

Dirigé par l'ancien ministre de la Défense Shaul Mofaz, Kadima n'obtient que deux sièges sur 120 au Parlement en janvier 2013, contre six pour sa rivale Tzipi Livni, à la tête d'une nouvelle formation centriste.

Ni l'un ni l'autre ne se réclame de Sharon. Entrée au gouvernement Netanyahu comme ministre de la Justice, chargée des négociations avec les Palestiniens, Mme Livni fait figure de "colombe" au sein de la coalition, tandis que Shaul Mofaz, resté dans l'opposition, ne mentionne jamais le retrait de Gaza.

Depuis l'aggravation de l'état de santé d'Ariel Sharon, la plupart des commentateurs israéliens comparent son style à celui de Benjamin Netanyahu.

Le premier est présenté comme un "homme d'Etat" qui a pu se tromper, mais savait prendre des risques. A contrario, le second apparaît comme incapable de résister aux pressions contradictoires de son aile droite et des Etats-Unis.

Toute la question, selon Hanan Cristal, le commentateur politique de la radio publique, est de savoir si Benjamin Netanyahu aura "l'audace de suivre la voie d'Ariel Sharon en acceptant de mettre en danger sa majorité et son parti pour faire avancer les discussions avec les Palestiniens".

Un chroniqueur vedette du quotidien Haaretz, Ari Shavit, reproche à "la droite sioniste de n'avoir pas retenu la leçon d'Ariel Sharon, que pour éviter d'être forcé à faire une grande concession, il faut en offrir une petite", en allusion au renoncement à Gaza.

Une autre éditorialiste du journal relève l'image très crue de Sharon dans l'opinion, rappelant le film d'animation "Valse avec Bachir", sur les massacres de Sabra et Chatila, à Beyrouth, qui "montre le ministre de la Défense (Sharon en 1982, NDLR) dînant avec gloutonnerie de cinq oeufs et d'un steak saignant à l'ombre de son ranch tandis que la guerre fait rage au nord".

"Sharon a sombré dans le coma trop peu de temps après le retrait de Gaza en 2005 pour savoir si cette décision était le prélude à des initiatives de paix plus significatives ou si c'était un point final calculé", souligne-t-elle.

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