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11/01/2014 08:11 EST

Ariel Sharon, ex-premier ministre israélien, est décédé après huit ans de coma (VIDÉO)

Ariel Sharon est décédé samedi à 85 ans à Tel-Aviv après huit ans de coma, restera dans l'Histoire comme un des chefs militaires et politiques les plus habiles et controversés d'Israël, partisan des méthodes expéditives, qui aura passé sa vie à surprendre amis et ennemis.

Longtemps paria de la politique israélienne pour sa "responsabilité indirecte" mais personnelle dans le massacre de Palestiniens par ses alliés phalangistes chrétiens libanais dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila, à Beyrouth en 1982, il devient Premier ministre en 2001.

Dernier représentant de la génération des fondateurs d'Israël, avec le président Shimon Peres, il laisse en héritage le retrait unilatéral de la bande de Gaza en 2005 et la construction de la barrière de séparation en Cisjordanie.

Né le 26 février 1928 en Palestine de parents biélorusses, Ariel Sharon s'engage dès l'âge de 17 ans dans la Haganah, la milice clandestine juive sous le mandat britannique qui formera le noyau de l'armée israélienne.

Tout au long de sa carrière militaire, il s'illustre par son audace, mais aussi par son indiscipline, des traits de caractère qui lui vaudront les surnoms de "bulldozer" et d'"homme qui brûle tous les feux rouges".

A la tête de l'unité 101 des commandos, puis des unités parachutistes, Sharon lance des opérations punitives, dont la plus sanglante se soldera en 1953 par la mort d'une soixantaine de civils dans le village palestinien de Qibya, en Cisjordanie.

En 1969, il brise pour plusieurs années la résistance palestinienne à Gaza par des actions de commando.

En octobre 1973, le "bulldozer" renverse le cours de la guerre en franchissant le canal de Suez pour encercler l'armée égyptienne, contre les instructions de l'état-major.

Il participe à la fondation du Likoud, le parti de la droite nationaliste, dirigé par Menahem Begin, qui accède au pouvoir en 1977.

Ministre de l'Agriculture du premier gouvernement de droite, Ariel Sharon plante les graines de la colonisation en Cisjordanie.

Il est alors considéré dans son propre camp comme un boutefeu, mais incontournable en raison de son prestige militaire. "Il est capable d'envoyer ses chars m'assiéger à la présidence du Conseil", plaisantait Begin.

Chantre de la colonisation

Ministre de la Défense, il planifie et exécute la désastreuse invasion du Liban en 1982, pour liquider l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et installer une hégémonie régionale d'Israël, plaçant le gouvernement devant le fait accompli, selon des historiens.

Malgré le départ des fedayine palestiniens de Beyrouth, il échoue à éliminer le chef de l'OLP Yasser Arafat, un regret qu'il confessera publiquement jusqu'aux derniers jours du dirigeant historique palestinien en 2004, nourrissant les soupçons d'un empoisonnement, qu'Israël a toujours nié.

Après une traversée du désert puis plusieurs postes ministériels dans les années 1990, d'où il promeut inlassablement la colonisation, Sharon devient en 1999 chef du Likoud.

La deuxième Intifada (2000-2005), qui éclate au lendemain de sa visite jugée provocatrice sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, le 28 septembre 2000, le porte enfin au pouvoir suprême.

Plébiscité par un électorat tétanisé par les violences, il réprime sans états d'âme le soulèvement, cultivant sa proximité avec le président américain George W. Bush, engagé dans sa "guerre contre le terrorisme".

A partir de décembre 2001, Sharon assiège Arafat, qu'il traite de "Ben Laden" palestinien, dans son quartier général de Ramallah, dont celui-ci ne sortira que pour aller mourir en France.

Mais il se convertit sur le tard, par pragmatisme, à la réalité d'un Etat palestinien.

Contesté au Likoud, qui taxe de "trahison" son projet d'évacuation unilatérale des soldats et des 8000 colons de Gaza, il l'abandonne en novembre 2005 pour fonder le parti centriste Kadima.

Obnubilé par la démographie, Ariel Sharon justifie le "désengagement de Gaza" par la nécessité de "délester" Israël de près d'1,5 million de Palestiniens.

Parallèlement, il affiche l'ambition de faire venir en Israël un million de juifs de la diaspora, guignant ostensiblement les importantes communautés française, argentine et sud-africaine.

L'homme fort de la droite se montre peu regardant sur le financement de ses campagnes électorales, qui vaut à l'un de ses deux fils, Omri, une peine de prison.

Plongé dans le coma après une attaque cérébrale le 4 janvier 2006 qui le cloue sur son lit d'hôpital, Sharon sombre dans l'oubli. Son nom n'apparaissait plus guère que pour évoquer comme repoussoir l'évacuation de Gaza, tombée en 2007 aux mains du Hamas, d'où des milliers de roquettes ont été tirées sur Israël.

Voici les principales dates de la vie de l'ancien premier ministre israélien:

- 26 février 1928: Naissance d'Ariel Sharon au nord de Tel-Aviv de parents originaires de Biélorussie.

- 1945: S'engage à 17 ans dans la Haganah, armée clandestine des juifs de Palestine.

- 1953: Crée les "commandos 101", unité d'élite spécialisée dans les raids de représailles.

- 1956: Commande le corps des parachutistes pendant la guerre du Sinaï.

- 1966: Nommé général de division à 38 ans.

- 1967: Participe à la guerre des Six jours à la tête d'une division blindée.

- oct 1973: Mobilisé dans la réserve, Sharon dirige la première division blindée qui franchit le canal de Suez et encercle les forces égyptiennes.

- 1981-1983: Ministre de la Défense du gouvernement Begin.

- 1982: Supervise en tant que ministre de la Défense l'invasion du Liban.

- fév 1983: Démissionne après qu'une commission d'enquête officielle a établi sa "responsabilité indirecte" dans le massacre des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila en septembre 1982.

- sept 1999: Elu président du Likoud (droite nationaliste).

- 29 sept 2000: Sa visite sur l'esplanade des Mosquées d'Omar et d'Al-Aqsa à Jérusalem-Est sert de déclencheur à l'Intifada.

- 6 fév 2001: Elu premier ministre avec plus de 62% des voix.

2002:

- 29 mars: Il lance l'opération "Rempart" et détruit la plus grande partie du QG de Yasser Arafat à Ramallah en Cisjordanie.

- 16 juin: Lancement de la construction d'une barrière de séparation en Cisjordanie.

- 30 oct: Sharon dissout le Parlement.

2003:

- 28 jan: Sharon est reconduit au poste de premier ministre.

- 18 déc: Il dévoile un "plan de séparation" unilatéral d'avec les Palestiniens.

2004:

- 26 oct: La Knesset adopte le plan Sharon.

2005:

- 10 jan: Investiture d'un gouvernement de coalition (Likoud, travaillistes et ultra-orthodoxes).

- 20 fév: Le gouvernement approuve le retrait de la bande de Gaza.

- 21 juin: Sommet sans précédent de Sharon et du dirigeant palestinien Mahmoud Abbas à Jérusalem.

- 15 août: Israël entame son retrait de la bande de Gaza et quatre colonies en Cisjordanie.

- 22 août: L'Etat hébreu met un terme à 29 ans de colonisation de Gaza.

- 12 sept: Après 38 ans d'occupation, départ des troupes israéliennes de Gaza.

- 21 nov: Le Parlement israélien vote sa dissolution. Sharon quitte le Likoud et crée un nouveau parti centriste, Kadima ("En avant").

- 01 déc: Sharon affirme vouloir parvenir à un "arrangement politique" avec les Palestiniens et "à la paix".

- 18 déc: Il est hospitalisé suite à une "légère attaque cérébrale".

- 20 déc: Ariel Sharon sort de l'hôpital.

2006:

- 1 jan: La présidence du Conseil annonce que Sharon doit subir le 5 janvier un cathétérisme cardiaque.

- 4 jan: Sharon est hospitalisé à la suite d'une "grave attaque cérébrale".

- 16 jan: Ehud Olmert est nommé chef par intérim du parti Kadima.

- 28 mars: Victoire de Kadima aux législatives.

- 11 avr: Le gouvernement déclare Sharon inapte à gouverner.

- 14 avr: Olmert lui succède à la tête du gouvernement.

- 28 mai: Sharon est transféré de l'hôpital Hadassah de Jérusalem à celui de Tel Hashomer à Tel-Aviv.

2010

- 12-14 nov: Sharon, toujours dans le coma, est brièvement conduit à titre d'essai dans son ranch familial, dans le sud d'Israël, avant d'être ramené à l'hôpital de Tel Hashomer.

2013

- 27 janv: L'ex-premier ministre montre "une activité cérébrale importante" lors d'un examen IRM, à la surprise de spécialistes des neurosciences israéliens et d'un neurochirurgien américain.

2014

- janv: brusque aggravation de son état de santé.

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