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10/01/2014 08:48 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Mazarine, Carla, Julie : vers une presse à l'anglo-saxonne en France, sans tabou présidentiel

Mazarine, la fille cachée de François, Cécilia qui quitte Nicolas, et maintenant François qui serait avec Julie : en une vingtaine d'années, la vie amoureuse, réelle ou supposée, des présidents en exercice a cessé d'être un tabou pour la presse française.

Si la rumeur d'une relation entre le président François Hollande et l'actrice Julie Gayet bruissait depuis plusieurs mois, avec son numéro de vendredi titrant en Une "L'amour secret du président", le magazine people Closer est allé plus loin.

Delphine Meillet, avocate spécialisée dans le droit de la presse, est formelle : "Closer a franchi un pas de plus, ça crée un réel précédent", estime-t-elle, voyant là le premier président piégé par la presse.

"Il y a quelques années, ils ne se seraient jamais autorisés à le faire. On s'éloigne de la tradition française du respect de la vie privée, et on va vers le système anglo-saxon", analyse-t-elle, constatant que la vie privée, pourtant très protégée par la loi française, "se réduit comme peau de chagrin".

En une vingtaine d'années, les révélations d'une presse française sur la vie privée des dirigeants sont allée crescendo. En proie à des difficultés financières et prête à faire des "coups" pour augmenter ses ventes, elle se rapproche des tabloïds britanniques, beaucoup moins respectueux, au risque de dérives, comme l'a montré le cas News of the World.

L'affaire du journal de Rupert Murdoch, soupçonné d'avoir fait écouter des centaines de personnes depuis le début des années 2000 dans sa chasse aux scoops semble difficile à imaginer en France.

Le monde n'a appris l'existence de Mazarine Pingeot, fille longtemps cachée de François Mitterrand, qu'en 1994 lorsque le magazine Paris-Match a publié une photo d'elle avec son père sortant d'un restaurant parisien. Mais ce scoop avait été arrangé, selon plusieurs témoins de l'époque.

Président séducteur

En août 2005, la publication en Une de l'hebdomadaire de Lagardère d'une photo montrant Cécilia Sarkozy, en compagnie du publicitaire Richard Attias, présenté comme son compagnon, avait fait grand bruit. Un an plus tard, le directeur de Paris-Match Alain Genestar était débarqué et accusait Nicolas Sarkozy, alors en route vers la présidentielle, d'être impliqué dans son licenciement.

"Avec Carla, c'est du sérieux" : avec cette réponse, lors d'une conférence de presse où il était interrogé sur sa toute fraîche idylle avec la chanteuse et mannequin Carla Bruni, le président Sarkozy avait préféré prendre les devants.

"La presse va de plus en plus loin mais les magistrats réservent encore à la vie privée la place qu'elle doit absolument occuper. Le principe c'est : est-ce qu'il est dans l'intérêt du public de savoir que François Hollande a une relation avec qui que ce soit ?", rappelle maître Delphine Meillet.

"Non, ça n'ébranle pas la France, ça ne concerne pas le contribuable, ça n'a pas d'intérêt. On est au coeur de sa plus stricte intimité", juge celle qui a déjà défendu des clients célèbres contre des magazines. "En général, on gagne", confie-t-elle, soulignant que la sanction ne pouvait être que financière.

Patrick Eveno, historien des médias interrogé par l'AFP, pense aussi que cette évolution "dure depuis une vingtaine d'années, déjà".

"Le pouvoir s'est banalisé et a relâché la bride aux médias alors qu'ils étaient surveillés de près à l'époque de De Gaulle qui avait voulu sacraliser la fonction présidentielle. Les autres, après, sont devenus beaucoup plus normaux".

Par ailleurs, la curiosité du public ne s'arrête pas "au seuil de la chambre à coucher". "De plus en plus, les Français considèrent que la vie privée des politiques fait partie des choses qu'ils doivent connaître. Même si ça n'impacte pas la conduite du pays. Les hommes et femmes publics ont une sphère privée beaucoup plus réduite".

Néanmoins, "ce n'est pas parce que François Hollande a une ou plusieurs maîtresses, qu'il sera mieux ou moins bien vu. A la limite, ça lui profitera peut-être au niveau des sondages. On considèrera moins son image de pépère tranquille et plus celle de séducteur", estime Patrick Eveno.

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