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10/01/2014 11:34 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Manifestation samedi pour les détenus de l'ETA, interdite par Madrid

Les indépendantistes basques se préparent à une grande mobilisation samedi à Bilbao en soutien aux prisonniers de l'ETA, interdite par la justice espagnole alors que le gouvernement reste inflexible dans son refus de toute concession au groupe armé.

Une décision "très grave", a réagi le gouvernement régional du Pays Basque, dominé par les nationalistes conservateurs du PNV, vendredi dès l'annonce de l'interdiction.

Le juge du tribunal de l'Audience nationale de Madrid Eloy Velasco a "interdit" la manifestation car il estime que le groupe de soutien aux prisonniers Herrira, démantelé après un coup de filet le 30 septembre et dont la justice a suspendu pour deux ans les activités, se trouve derrière les organisateurs.

Des documents saisis lors de cette opération de police, "il ressort que durant l'été 2013, Herrira a été l'inspirateur ou l'auteur d'une dynamique appelée Tantaz tanta (Goutte à goutte), dont l'objectif est de rallier le plus grand nombre possible d'adhésions à ses manifestations sociales en soutien aux prisonniers de l'ETA", écrit le juge Velasco.

Le magistrat a notamment décidé d'interdire "les activités de soutien, exaltation et financement en faveur des prisonniers" programmées samedi à Bilbao.

Alors que les organisateurs n'avaient pas fait connaître leurs intentions, le porte-parole du gouvernement régional, Josu Erkoreka, a dénoncé une décision "incompréhensible pour la société basque".

"C'est une décision très grave (...) dans la mesure où année après année, nous avons pu voir que des manifestations identiques se sont déroulées sans aucun obstacle, y compris à l'époque où l'ETA était active", a-t-il commenté.

A l'origine de cette journée, le réseau baptisé Tantaz tanta se présente comme une organisation citoyenne et appelle à "une mobilisation sans précédent dans l'histoire du Pays Basque" afin de réclamer "le rapatriement des prisonniers et prisonnières basques".

Une revendication portée à la fois par les partis de la gauche indépendantiste basque, deuxième force politique régionale derrière le PNV, et par le groupe séparatiste ETA.

Tous réclament la "fin de la dispersion" pour des centaines de militants de l'ETA - 520 selon le réseau de soutien aux prisonniers Etxerat - détenus dans des dizaines de prisons espagnoles et françaises, une politique pratiquée depuis 25 ans par Madrid.

Le gouvernement de droite espagnol, au contraire, reste inflexible dans son refus de toute concession à l'ETA, dont il réclame la dissolution sans conditions. Madrid refuse en particulier d'assouplir sa politique pénitentiaire envers les détenus du groupe, rendu responsable de la mort de 829 personnes en 40 ans de violences pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre.

Depuis deux ans et l'abandon de la violence par l'ETA, le 20 octobre 2011, la question des prisonniers est donc au coeur du blocage entre Madrid et le groupe armé, très affaibli et dont il ne resterait plus que quelques dizaines de membres en liberté.

Le 28 décembre, le collectif rassemblant ces prisonniers, l'EPPK, avait publié un communiqué dans lequel il entérinait l'abandon de la violence, évoquait de possibles démarches individuelles en vue d'une libération, semblant ainsi renoncer à une demande d'amnistie collective, et reconnaissait "les souffrances et les dommages causés par le conflit".

Ce texte, qui ne faisait pas mention d'un pardon aux victimes réclamé par les associations de victimes et par le gouvernement espagnol, a néanmoins été salué comme "un apport de premier plan" par la gauche indépendantiste.

Le gouvernement régional a lui reconnu un infléchissement dans le discours de l'ETA mais lui a demandé d'aller plus loin et de déposer les armes de manière "urgente".

Dans ce contexte très sensible, un coup de filet mené mercredi au Pays Basque et en Navarre, dans les rangs du groupe de soutien aux prisonniers KT, a suscité des réactions indignées dans la région.

Huit personnes ont été arrêtées dont l'avocate Arantza Zulueta, l'une des grandes figures de la défense de l'ETA, et restaient en garde à vue vendredi avant d'être présentées, probablement lundi, à un juge.

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