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10/01/2014 07:05 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Manifestation samedi des nationalistes basques, malgré une première interdiction

Les indépendantistes basques et les nationalistes du PNV ont appelé à manifester samedi à Bilbao, après l'interdiction d'une mobilisation en soutien aux prisonniers de l'ETA, alors que le gouvernement espagnol reste inflexible dans son refus de toute concession au groupe armé.

Le président du PNV, la principale formation régionale, Andoni Ortuzar, a appelé à "participer à la manifestation silencieuse qui aura lieu samedi à Bilbao sur le thème 'Droits de l'homme, accord, paix'", lors d'une conférence de presse avec le président du parti de gauche indépendantiste Sortu, Hasier Arraiz.

Cet appel fait suite à l'interdiction de la journée de mobilisation qui était prévue samedi à Bilbao, en soutien aux prisonniers de l'ETA.

Vendredi, le juge du tribunal de l'Audience nationale de Madrid Eloy Velasco a "interdit" cette manifestation, estimant que le groupe de soutien aux prisonniers Herrira, démantelé après un coup de filet le 30 septembre et dont la justice a suspendu pour deux ans les activités, se trouve derrière les organisateurs.

Des documents saisis lors de cette opération de police, "il ressort que durant l'été 2013, Herrira a été l'inspirateur ou l'auteur d'une dynamique appelée Tantaz tanta (Goutte à goutte), dont l'objectif est de rallier le plus grand nombre possible d'adhésions à ses manifestations sociales en soutien aux prisonniers de l'ETA", écrit le juge Velasco.

Le magistrat a donc décidé d'interdire "les activités de soutien, exaltation et financement en faveur des prisonniers" programmées samedi à Bilbao.

"Une décision incompréhensible pour le peuple basque", avait immédiatement réagi le gouvernement régional du Pays Basque, dominé par le PNV.

"C'est une décision très grave (...) dans la mesure où année après année, nous avons pu voir que des manifestations identiques se sont déroulées sans aucun obstacle, y compris à l'époque où l'ETA était active", avait commenté le porte-parole du gouvernement régional, Josu Erkoreka.

"Face à la violation des droits de l'homme et devant les moyens exceptionnellement négatifs, tous ceux qui sont réunis ici expriment la volonté de renforcer le nouveau scénario qui s'est ouvert pour notre communauté", a ajouté vendredi soir le président du PNV, alors que Tantaz tanta, en réponse à la décision du juge, avait peu avant annulé son appel à manifester.

A l'origine de cette journée, le réseau baptisé Tantaz tanta se présente comme une organisation citoyenne et appelait à "une mobilisation sans précédent dans l'histoire du Pays Basque" afin de réclamer "le rapatriement des prisonniers et prisonnières basques".

Une revendication portée à la fois par les partis de la gauche indépendantiste basque, deuxième force politique régionale derrière le PNV, et par le groupe séparatiste ETA.

Tous réclament la "fin de la dispersion" pour des centaines de militants de l'ETA - 520 selon le réseau de soutien aux prisonniers Etxerat - détenus dans des dizaines de prisons espagnoles et françaises, une politique pratiquée depuis 25 ans par Madrid.

Le gouvernement de droite espagnol, au contraire, reste inflexible dans son refus de toute concession à l'ETA, dont il réclame la dissolution sans conditions.

Madrid refuse en particulier d'assouplir sa politique pénitentiaire envers les détenus du groupe, rendu responsable de la mort de 829 personnes en 40 ans de violences pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre.

Depuis deux ans et l'abandon de la violence par l'ETA, le 20 octobre 2011, la question des prisonniers est donc au coeur du blocage entre Madrid et le groupe armé, très affaibli et dont il ne resterait plus que quelques dizaines de membres en liberté.

Le 28 décembre, le collectif rassemblant ces prisonniers, l'EPPK, avait publié un communiqué dans lequel il entérinait l'abandon de la violence, évoquait de possibles démarches individuelles en vue d'une libération, semblant ainsi renoncer à une demande d'amnistie collective, et reconnaissait "les souffrances et les dommages causés par le conflit".

Ce texte, qui ne faisait pas mention d'un pardon aux victimes réclamé par les associations de victimes et par le gouvernement espagnol, a néanmoins été salué comme "un apport de premier plan" par la gauche indépendantiste.

Le gouvernement régional a lui reconnu un infléchissement dans le discours de l'ETA mais lui a demandé d'aller plus loin et de déposer les armes de manière "urgente".

Dans ce contexte très sensible, un coup de filet mené mercredi au Pays Basque et en Navarre, dans les rangs du groupe de soutien aux prisonniers KT, a suscité des réactions indignées dans la région.

Huit personnes ont été arrêtées dont l'avocate Arantza Zulueta, l'une des grandes figures de la défense de l'ETA, et restaient en garde à vue vendredi avant d'être présentées, probablement lundi, à un juge.

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