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10/01/2014 10:25 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Au Venezuela, les autorités restent impuissantes face à la criminalité

Impunité criante, circulation d'armes incontrôlée, pouvoirs publics inopérants ou police impuissante: les motifs ne manquent pas pour expliquer le drame de l'insécurité au Venezuela, pays encore sous le choc du meurtre d'une actrice.

En 1998, date de la première élection de l'ex-président Hugo Chavez (1999-2013), les autorités avaient enregistré 4.550 meurtres. Quinze ans plus tard, ces chiffres ont été multipliés par cinq, avec 24.000 tués pour la seule année 2013, selon des ONG.

Aujourd'hui, les Vénézuéliens vivent en vase clos dès la nuit tombée et ont dû adopter des comportements particuliers pour prévenir agressions et enlèvements express, en recrudescence ces derniers temps.

"Ma fille de 12 ans est frustrée car je ne la laisse pas se détendre (...) J'ai peur d'aller à la banque, au restaurant, de sortir de chez moi", témoigne Maria Gabriela Arteaga, une habitante de Caracas de 41 ans.

"Les mamans, nous ne dormons déjà plus. Nous passons la nuit à attendre que nos enfants rentrent à la maison", raconte la célèbre comédienne vénézuélienne Elba Escobar, qui avoue ne plus jamais porter de bijoux.

Des ONG vénézuéliennes évaluent le taux d'homicide national à 79 pour 100.000, ce qui placerait le Venezuela au deuxième rang mondial des pays les plus dangereux. De son côté, le gouvernement n'en reconnaît pas la moitié.

Aux yeux des experts, criminalité rime d'abord avec impunité dans ce pays de 29 millions d'habitants. "Les institutions publiques du Venezuela ne font pas leur devoir de prévention et de répression, ce qui fait que seuls huit meurtres sur 100 sont élucidés", déplore le criminologue Fermin Marmol.

"L'impunité, ajoute l'expert, provoque l'imitation. Elle fait que beaucoup de jeunes rejoignent les rangs des bandes criminelles parce qu'ils se rendent compte que le crime est rentable et présente peu de risques."

En première ligne, des policiers sous-payés, sous-équipés, et en sous-effectifs. Ils sont seulement 200.000, un nombre insuffisant pour les experts. Des carences qui concernent également la justice, en difficulté face à l'afflux croissant des dossiers à traiter.

Des pauvres qui tuent d'autres pauvres

Dans ce contexte, "le criminel n'a aucune raison de changer d'activité, parce qu'il sait qu'il ne sera pas puni ou qu'il a de grandes chances de ne pas l'être", explique le criminologue Javier Gorriño.

Le meurtre dans la nuit de lundi à mardi de l'actrice de télévision Monica Spear Mootz, Miss Venezuela 2004, et de son mari au bord d'une autoroute dans le nord du pays a provoqué une forte émotion, contraignant les autorités à annoncer un nouveau plan d'action contre la criminalité. En 15 ans, le gouvernement a lancé pas moins de 21 programmes de ce type.

Mais ces mesures ont été jugées superficielles par les experts. Ces derniers soulignent qu'à l'époque de Hugo Chavez, le phénomène a échappé aux autorités, qui considéraient simplement la criminalité comme la manifestation de l'injustice sociale.

"Le chavisme entretenait l'idée erronée selon laquelle l'origine (de la violence) résidait dans la pauvreté et les inégalités", pense Roberto Briceño, coordinateur de l'ONG Observatoire vénézuélien de la violence.

Or "83% des homicides dans le pays concernent des pauvres qui tuent d'autres pauvres. Il ne s'agit pas de revanche sociale", étaye-t-il.

Autre facteur aggravant, la circulation d'armes est incontrôlée au Venezuela, où la plupart des habitants reconnaissent à demi-mots être armés afin de se défendre en cas d'agression ou de cambriolage.

Selon les sources, de trois à dix-huit millions d'armes circulent dans ce pays, alors que quelques dizaines de milliers de permis ont été officiellement accordés. Là encore, le gouvernement ne parvient pas à juguler le phénomène malgré plusieurs campagnes de désarmement.

"De nombreuses armes viennent de Colombie pour protéger l'acheminement de drogue au Venezuela, avec l'Europe pour destination finale. D'autres ont été apportées par les guérillas ou milices paramilitaires présentes à la frontière (colombienne)", explique M. Gorriño.

Selon l'expert, les pouvoirs publics ont également échoué à mettre en place un système carcéral permettant une réhabilitation des détenus. Surpeuplées et insalubres, les prisons sont parfois aux mains des gangs qui les peuplent.

"En l'absence d'institutions fortes qui font respecter la loi, c'est l'anarchie, une terre de non droit (...) soumise à la loi du plus fort", constate encore M. Marmol, en référence à certains quartiers pauvres abandonnés aux mains des gangs.

jm/mb/ag/via

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