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10/01/2014 12:05 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Attente, liesse, tirs: Bangui toujours sur le fil après l'annonce du départ de Djotodia

Des scènes de liesse, mais aussi des tirs et des militaires en alerte: d'un quartier à l'autre, la situation restait mouvante vendredi dans Bangui, après l'annonce de la démission du président Michel Djotodia.

Vendredi matin, Bangui se réveille dans le calme. Les ultimes tractations sont en cours à N'Djamena, les Centrafricains attendent. Mais dès 09H00, les habitants des quartiers majoritairement chrétiens de Boy Rabe, Gobongo, Fou, descendent vers le carrefour de la Réconciliation, point stratégique sur la route de l'aéroport. "Djotodia, démission!" "C'est son départ ou l'apocalypse!" "Qu'il reste à N'Djamena", crient les manifestants, hommes, femmes, enfants, en agitant des feuilles de palmier, symbole de deuil en Afrique.

Parallèlement, des militaires français et de la Misca, la force africaine, commencent à se déployer aux points stratégiques.

Brusquement, en fin de matinée, la capitale se vide. Les rues sont désertées, les boutiques ferment. Dans le quartier musulman de PK5, un jeune vendeur, Osmane, confie "ne pas être très à l'aise". "Il y a des murmures, des rumeurs. Il se dit qu'on va être attaqués quand Djotodia aura démissionné".

Midi trente. C'est officiel, Djotodia a démissionné. Bangui ne réagit pas tout de suite. Les militaires français, eux, se positionnent. Des blindés Sagaie se postent aux alentours du palais présidentiel et du camp de Roux, la forteresse de Michel Djotodia et des ex-rebelles de la Séléka, la coalition de groupes armés musulmans qui l'ont porté au pouvoir en mars 2013.

D'autres se positionnent à proximité des casernes où sont cantonnés des milliers de membres de la Séléka.

Une forte présence militaire est également postée à l'entrée du gigantesque camp de déplacés de M'Poko, près de l'aéroport, où vivent dans des conditions épouvantables des dizaines de milliers de chrétiens, qui ont fui les massacres interreligieux à grande échelle déclenchés début décembre.

Dans le camp, pas d'explosion de joie, mais la nouvelle est sur toutes les lèvres. "Djotodia a démissionné", dit dans un superbe sourire une petite fille de 6 ans.

"Ce mec, il a mis le pays à terre, c'est un démon", lance Tertus Ngoupou, un homme qui s'est réfugié à M'Poko depuis trois semaines. "Je suis très fier de la France, et très fier du Tchad. Enfin, Déby s'est ressaisi, et si Dieu le veut, dès ce soir chrétiens et musulmans vivront en bonne entente, et moi je serai rentré chez moi d'ici dimanche", ajoute-t-il.

"Enfin c'est terminé!"

Il est un des rares à louer le président tchadien Idriss Deby Itno, honni par la plupart des Centrafricains pour avoir favorisé l'accession au pouvoir de Djotodia, avant finalement de le lâcher dix mois plus tard. Un des rares aussi à parler en bons termes des musulmans, qui ont tout au long des derniers mois été assimilés pour leur malheur aux rebelles de la Séléka.

Cependant, l'angoisse reste prégnante. "On n'est pas encore rassurés, il n'y a pas la paix. Il faut que les Séléka soient désarmés", ajoute Tertus. "Et les anti-balakas aussi", ose un autre, vite rabroué par la foule.

Les anti-balakas, milices chrétiennes qui se sont constituées en représailles aux exactions des Séléka, ont elles-mêmes commis de graves violences contre les civils musulmans.

Retour au centre ville. Et premières scènes de liesse au "carrefour des Nations unies".

"C'est fini, fini!!" hurle une femme déchaînée en dansant. "Un an de souffrance et enfin c'est terminé! On va fêter ça pendant une semaine!", s'époumone une autre, "Mademoiselle Sandrine".

Parmi la foule, beaucoup de jeunes surexcités, parfois agressifs. Certains sont juchés sur les capots de voiture, bouteille de bière à la main. D'autres tapent sur des couvercles de casseroles.

A quelques encablures, changement d'ambiance. Des tirs sporadiques résonnent tout proche du carrefour de la Réconciliation désormais totalement désert. Des militaires français, mines fermées, ont pris position. Des civils passent en courant, en se baissant.

"On ne connaît pas l'origine des tirs, les éléments français sont en alerte", indique un officier de communication de l'armée française.

Bangui danse encore sur un volcan.

cf/cl/jpc

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