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09/01/2014 10:25 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Tunisie: Ali Larayedh, un Premier ministre au mandat marqué par les assassinats

Supplicié par le régime tunisien déchu et ennemi juré des jihadistes, le Premier ministre démissionnaire Ali Larayedh, un islamiste ayant toujours martelé son désir du compromis, a finalement été emporté par les crises à répétition dans son pays.

Dans son discours de démission, M. Larayedh a souligné, après avoir essuyé des mois durant les critiques de l'opposition, avoir voulu faire de la Tunisie un exemple.

"J'espère que la Tunisie sera pour le monde un exemple de transition (démocratique) +Made In Tunisia+", a-t-il dit.

Mais nommé en février 2013, après l'assassinat de Chokri Belaïd attribué à la mouvance jihadiste qui a forcé la chute du gouvernement d'Hamadi Jebali, M. Larayedh, 58 ans, n'a jamais réussi à gagner la confiance d'une classe politique profondément divisée.

Pour l'opposition, il n'aurait jamais dû bénéficier d'une telle promotion, car cet homme au visage émacié était ministre de l'Intérieur lorsque Belaïd fut tué et l'ambassade américaine attaquée, sous les yeux de la police, par une foule de salafistes en septembre 2012.

Le jour de sa nomination il avait déclaré avoir besoin de toutes les forces vives pour "instaurer la démocratie à laquelle tous aspirent".

Mais cette profession de foi n'aura pas suffi, et son gouvernement n'aura jamais que le soutien de son parti Ennahda et de ses deux alliés séculiers, le Congrès pour la république du président Moncef Marzouki et le parti de centre-gauche Ettakatol.

Et lorsque le 25 juillet l'opposant Mohamed Brahmi est tué, un crime aussi attribué aux jihadistes, ses jours deviennent comptés, l'opposition réclamant sa démission, bloquant les travaux de l'Assemblée nationale constituante pour arracher son départ.

Bête noire des salafistes

Son bilan est d'autant plus mitigé qu'il laisse un pays en proie aux frondes sociales, une Constitution toujours en cours d'examen trois ans après la révolution de janvier 2011, et sans qu'aucun des deux assassinats d'opposants n'ait été totalement élucidé.

Mais Ali Larayedh est aussi la bête noire des jihadistes, et a été maintes fois la cible des invectives d'Abou Iyadh, le chef du groupe jihadiste Ansar Ashariaa, classé "organisation terroriste" depuis l'été 2013.

Après l'assassinat de Brahmi et une série d'attaques sanglantes contre la police et l'armée, et alors que l'opposition accuse Ennahda de laxisme voire de complicité avec les groupes armés, M. Larayedh promet une lutte sans merci contre ce groupe qu'il dit lié à Al-Qaïda.

Prisonnier et torturé

Ali Larayedh, figure historique d'Ennahda et parmi les modérés du parti, a été le président du conseil de la Choura, le Parlement interne, de 1982 à 1986, puis le chef de son bureau politique.

Et cet ingénieur de la marine marchande en a subi les conséquences et fut arrêté une première fois en 1987 quelques mois avant que Zine El Abidine Ben Ali ne renverse Habib Bourguiba, le père de l'indépendance tunisienne.

En 1992, il est condamné à 15 ans de prison et en passera treize à l'isolement. Comme nombre de ses camarades, il subit pressions et tortures.

Le régime le menace de lui inoculer le virus du sida et diffuse des montages vidéo à caractère pornographique le mettant en scène avec un autre homme afin de le discréditer.

Son épouse Ouidad, mère de leurs trois enfants, a été soumise en prison à des violences sexuelles filmées, selon la Fédération internationale des droits de l'Homme.

Mais lorsqu'il devient ministre de l'Intérieur et prend la tête des services dont dépendaient ses bourreaux, il jure de ne pas rechercher de vengeance.

"J'ai frôlé la mort à plusieurs reprises", a-t-il dit alors, mais "la révolution est venue pour avancer (...) et non pour se venger", a expliqué ce natif de Médenine, dans l'extrême-sud tunisien.

alf/sw

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