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09/01/2014 07:27 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Le Portugal teste les marchés pour préparer sa sortie de la tutelle de ses créanciers

Le Portugal, sous perfusion financière internationale depuis 2011, a lancé jeudi son premier emprunt obligataire à moyen terme depuis un an, une étape cruciale avant la sortie de son programme d'assistance prévue pour le 17 mai.

Deux jours après le succès de l'émission obligataire de l'Irlande, le Portugal testait à son tour les marchés, profitant de la forte baisse de ses taux d'emprunt enregistrée ces derniers jours.

Prudent, le Portugal a fait son retour sur les marchés dans le cadre d'un emprunt syndiqué à cinq ans, qui permet de lever des fonds sans courir trop de risques.

Un emprunt syndiqué consiste à se financer directement auprès de quelques banques sélectionnées d'avance, qui peuvent ensuite conserver ou revendre les titres de dette.

Lisbonne avait mandaté mercredi les banques Barclays, Caixa BI, Goldman Sachs, HSBC, Morgan Stanley et Société Générale pour rouvrir une ligne obligataire existante assortie d'un taux de 4,750% et arrivant à échéance en juin 2019.

La dernière émission à cinq ans du Portugal remonte à janvier 2013. L'opération lui avait permis d'emprunter 2,5 milliards d'euros à 4,891%, soit un taux supérieur au niveau actuel du marché secondaire où s'échange la dette déjà émise.

Le succès de l'opération est primordial pour le Portugal qui cherche à sortir de son plan d'assistance de 78 milliards d'euros sans devoir négocier une rallonge avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

"C'est la première étape vers un accès total au marché obligataire, c'est très positif. Le pays va donc pouvoir sortir sans filet de sécurité", avait estimé Cyril Regnat, un analyste de Natixis, après l'annonce de l'emprunt.

Officiellement, le gouvernement portugais n'exclut aucun des scénarios possibles pour la sortie de son programme, soit un recours à une ligne de crédit de précaution soit un retour sur les marchés sans aide supplémentaire, à l'instar de l'Irlande.

L'exemple irlandais

Lisbonne scrute à la loupe les faits et gestes de Dublin, qui s'est affranchi en décembre de la tutelle de ses créanciers. L'émission de l'Irlande à échéance 10 ans lancée mardi avait suscité un vif intérêt parmi les investisseurs et lui a permis de lever 3,75 milliards d'euros.

Selon le journal de référence Diario économico, le Portugal, qui visait initialement entre 3 et 4 milliards d'euros de titres, a revu jeudi à la baisse son objectif à une fourchette entre 2 et 2,5 milliards d'euros. L'agence portugaise de la dette n'a pas souhaité commenter ce montant.

Grâce à un échange de dette effectué début décembre, le Portugal a pu réduire ses besoins de financement pour cette année à 7,1 milliards d'euros.

Le succès des produits d'épargne du Trésor public acquis par des particuliers a également contribué à alléger le fardeau. Le gouvernement espère lever cette année 2,5 milliards d'euros de cette manière, ce qui permettra de limiter d'autant le recours aux marchés.

L'emprunt du Portugal coïncidait avec une émission de l'Espagne qui a réussi jeudi à emprunter à moindre coût 5,287 milliards d'euros à 5 et 15 ans.

Madrid, qui souhaitait lever 4 à 5 milliards d'euros, a dépassé cette fourchette, et la demande des investisseurs a représenté 2,1 fois l'offre.

L'Espagne était officiellement sortie fin décembre du plan d'aide de 41,3 milliards d'euros pour ses banques octroyé au printemps 2012 par la zone euro, sans demander une aide supplémentaire.

Quant au Portugal, les jeux ne sont pas encore faits. Même si ses coûts d'emprunt ont sensiblement diminué, les taux à 10 ans restent autour de 5,4%, un niveau jugé encore trop élevé pour envisager un plein retour sur les marchés.

Mais les taux pourraient bénéficier d'un éventuel coup de pouce de l'agence de notation Moody's qui doit publier vendredi un rapport sur le Portugal qui devrait s'avérer "positif", selon les analystes.

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