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09/01/2014 12:39 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Homosexualité dans le football: l'impossible vérité

Le "coming-out" du jeune retraité allemand Thomas Hitzlsperger, footballeur le plus capé à avoir jamais admis son homosexualité, a peu de chances de libérer la parole de joueurs en activité tant est prégnante encore, dans le milieu, une culture virile qui flirte avec l'homophobie.

"Je ne pouvais pas imaginer révéler ça alors que je jouais encore". La phrase, lâchée par Hitzlsperger jeudi matin à la BBC, est un aveu terrible.

Même dans un pays dont les autorités publiques -- Chancelière Angela Merkel en tête -- ont clairement pris position pour soutenir les sportifs homosexuels et où les supporteurs sont considérés d'une grande tolérance, la présence d'un gay avéré dans un vestiaire de foot professionnel semble inimaginable.

"La pression est telle que le +coming-out+ est impossible", juge Jacques Lize, porte-parole du Paris Foot Gay, association qui milite contre l'homophobie dans le sport. "Pression des supporteurs, des clubs, des médias, des agents. L'homophobie y est presque une tradition, plus en tout cas que dans n'importe quel autre sport."

Interrogé par l'AFP en 2010, à l'époque de l'affaire Yoann Lemaire, ce footballeur amateur privé de licence par son club en raison de son homosexualité affichée, Bartholomé Girard, président de SOS Homophobie, estimait qu'il était "dans la société en général, plus grave d'être raciste qu'homophobe. Alors pensez dans le sport, le foot en particulier... On ne dit plus +sale nègre+, mais +arrête de jouer comme un pédé+", disait-il.

Lemaire racontait, lui, comment sa mésaventure lui avait valu les confidences de "joueurs racontant des choses hallucinantes sur la manière dont ils cach(ai)ent leur homosexualité, au point de sortir avec des filles pour donner le change."

Une ambiance peu rassurante

Les mentalités, en trois ans, ont peu évolué en France. "C'est une thématique qui n'est pas encore prise au sérieux, notamment par la fédération", estime Anthony Mette, sociologue spécialiste des discriminations dans le sport.

"L'ambiance n'est pas rassurante et ce n'est pas compensé par une position claire des clubs, des sponsors, des agents, des supporteurs", juge-t-il estimant que l'Allemagne mais également la Grande-Bretagne, la Belgique ou les Pays-Bas ont une sérieuse longueur d'avance.

En Allemagne pourtant, au lendemain des révélations d'Hitzlsperger, 52 fois international, le scepticisme demeure encore sur les conséquences de ce geste.

"Même si c'est après la fin de carrière, c'est un grand pas courageux dans la lutte contre l'homophobie", a salué Reinhard Rauball, président de la Bundesliga. "Mais dans ce sport à grand public, les réactions en cas de révélation par un joueur encore en activité restent difficiles à estimer".

Gunter Pilz, sociologue réputé pour son travail sur les fans de sport à l'université de Hanovre, va plus loin encore. Il juge que le risque est suffisamment important pour justifier "en toute conscience, de ne pas recommander à un joueur en activité de faire son +coming-out+".

"Au final, le joueur doit faire face aux conséquences. Ca reste une décision personnelle que chacun doit prendre pour soi-même", dit-il. "Personne ne sait quelle serait la réaction d'un stade envers un footballeur déclaré gay. Ca peut bien se passer comme le contraire. Beaucoup de gens se disent ouverts mais sont choqués quand ils voient deux hommes s'embrasser".

Le foot ne semble donc pas prêt à s'enorgueillir d'un Gareth Thomas, l'unique joueur de rugby en activité à avoir, à ce jour, osé franchir le pas. Ni du basketteur de la NBA Jason Collins, premier sportif en activité dans un sport d'équipe majeur aux Etats-Unis à faire de même.

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