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08/01/2014 08:43 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Turquie : le grand ménage dans la police et la justice se poursuit, mise en garde de l'UE

Le gouvernement turc a continué mercredi à faire le ménage au sein de la police et de la justice, soupçonnées de jouer contre lui dans le scandale de corruption qui l'éclabousse, suscitant un rappel à l'ordre de l'Union européenne.

Au lendemain d'une purge sans précédent dans les rangs des forces de l'ordre, le ministre de l'Intérieur Efkan Ala a signé mercredi un nouveau décret par lequel il congédie 16 hauts responsables de la police, dont le chef adjoint de la sûreté nationale et ceux de métropoles-clés comme Ankara, Izmir (ouest), Antalya (sud) et Diyarbakir (sud-est).

Selon le comptage fait par la presse turque, cette nouvelle purge porte à plus de 700 le nombre des policiers, parmi lesquels des officiers, démis de leurs fonctions depuis la mi-décembre, dont 350 pour la seule journée de mardi à Ankara.

Dans le même temps, l'un des principaux procureurs d'Istanbul chargés de l'enquête, Zekeriya Öz, a été dessaisi et mis en disponibilité, ont rapporté les médias.

Ce magistrat avait été mis en cause pendant le week-end dans les colonnes de la presse gouvernementale, qui l'a accusé d'avoir passé des vacances en famille à Dubaï aux frais d'un magnat de l'immobilier inculpé dans l'enquête qu'il pilotait.

L'Union européenne (UE) a fait part mercredi de son "inquiétude" face à ce grand nettoyage et a réclamé, par la voix du porte-parole de la Commission Olivier Bailly, une enquête "transparente et impartiale" sur les accusations de corruption qui visent directement le gouvernement islamo-conservateur turc.

"Nous demandons instamment à la Turquie (...) de prendre toutes les mesures nécessaires", a ajouté M. Bailly, insistant sur les exigences liées à son statut de pays candidat à l'intégration européenne.

Toutes les victimes du coup de balai opéré sur ordre du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan sont soupçonnées d'appartenir à la très influente confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, qu'il accuse d'être à l'origine du scandale secouant la Turquie.

En tournée en Asie toute la semaine, M. Erdogan reproche à l'organisation de M. Gülen, qui vit en Pennsylvanie (Etats-Unis), d'avoir constitué un "Etat dans l'Etat" et ourdi une "conspiration" pour le faire tomber, à trois mois des élections municipales.

"Pressions"

La décision en novembre du gouvernement de fermer les écoles privées de soutien scolaire, manne financière de la confrérie, a mis le feu aux poudres, semant la discorde entre le Parti de la justice et du développement (AKP) et M. Gülen, pourtant alliés depuis l'accession au pouvoir en 2002 de l'élite islamo-conservatrice turque.

Outre la justice et de la police, le pouvoir s'est attaqué à toute la fonction publique. Depuis plusieurs jours, de nombreux hauts-fonctionnaires des ministère des Finances, de l'Education et des Transports ont également été remerciés, selon les médias turcs.

"Le gouvernement gouverne", a commenté mercredi le vice-Premier ministre chargé de l'Economie, Ali Babacan. "Nous ne laisserons personne remettre en cause la stabilité politique et économique de la Turquie", a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision Habertürk, "nous ferons de notre mieux pour l'empêcher".

Dans le collimateur du pouvoir figure désormais l'une des principales institutions judiciaires, le Haut-conseil des juges et procureurs (HSKY), qui a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête concernant les "pressions" exercées sur les magistrats chargés du dossier.

L'AKP a ainsi déposé dès mardi soir au parlement une proposition de loi limitant les pouvoirs de cette institution, a indiqué le porte-parole du parti Huseyin Celik. Et le ministre de la Justice Bekir Bozdag a fait savoir qu'il s'opposerait à l'enquête du HSKY.

Le principal rival politique du Premier ministre, le chef du Parti républicain du peuple (CHP) Kemal Kiliçdaroglu, a dénoncé ces attaques contre les magistrats. "Est-ce qu'un jour vous comparaîtrez devant ces juges ? Oui, vous serez devant eux lorsque la politique propre aura triomphé dans ce pays", a-t-il lancé.

Six mois après les manifestations populaires ayant fait vaciller le régime, ce scandale fait peser une menace sur l'avenir politique de M. Erdogan, qui envisage de se présenter à la présidentielle d'août 2014.

Son impact économique inquiète également les milieux d'affaires turcs, les marchés financiers et les agences de notation.

BA-pa/bds

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