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08/01/2014 11:27 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Soudan du Sud: les pourparlers de paix sont de nouveau paralysés

ADDIS ABEBA, Éthiopie - La situation semble se détériorer au Soudan du Sud, alors que les négociations de paix sont au point mort, qu'un commandant rebelle affirme avoir remporté des victoires importantes face aux troupes gouvernementales et que l'Ouganda déploie encore plus d'hommes et de matériel.

Des dizaines de personnes ont manifesté en faveur de la paix dans les rues de la capitale, Djouba, mais rien ne permet de croire à une résolution prochaine d'un conflit qui dure maintenant depuis trois semaines.

En Éthiopie, où se déroulent les pourparlers, deux responsables ont indiqué que les négociations de paix achoppent sur la question des prisonniers politiques. L'Autorité intergouvernementale pour le développement, une association de pays d'Afrique de l'Est, a dépêché un émissaire à Djouba pour tenter de relancer les discussions.

Une querelle politique qui a tourné à la violence le 15 décembre s'est depuis transformée en conflit ethnique. Le président Salva Kiir, de l'ethnie Dinka, affirme que son ancien vice-président Riek Machar, de l'ethnie Nuer, a tenté de le renverser par la force. M. Machar nie ces allégations et demande la libération de 11 détenus importants. M. Kiir réplique qu'ils seront libérés en respect avec le système judiciaire.

Un représentant du camp Machar en Éthiopie, le général Lul Raui Kong, un militaire qui s'est rallié à l'ancien vice-président, a évoqué mercredi des affrontements importants entre l'armée gouvernementale et les rebelles.

Le général Kong affirme que ses hommes ont détruit deux chars T-72 et quatre camions militaires lors de la bataille pour le contrôle de la ville de Bor, la capitale de l'État du Jonglei. Il a ajouté que ses hommes ont aussi tué des dizaines de soldats, dont un général, et que de nombreux soldats se sont ralliés à ses forces dans au moins trois États.

L'Ouganda, a dit le général Kong, a déployé 1200 hommes pour protéger des installations comme l'aéroport et le siège du gouvernement. L'armée de l'air ougandaise aurait aussi pilonné les positions rebelles.

L'Ouganda affirme avoir déployé davantage d'hommes et de matériel à Djouba cette semaine, en réponse à une demande du président Kiir. Un porte-parole de l'armée ougandaise a toutefois nié toute participation active aux combats.

Le président ougandais Yoweri Museveni est un allié de longue date de M. Kiir.

M. Museveni a récemment prévenu M. Machar que les pays d'Afrique de l'Est s'uniront pour le «défaire» militairement s'il n'accepte pas de participer à des pourparlers de paix. Certains analystes croient que M. Museveni se méfie de M. Machar comme leader éventuel du Soudan du Sud.

Cette méfiance découlerait en partie des liens entre M. Machar et Joseph Kony, un chef de guerre ougandais qui sévissait jadis dans la jungle du Soudan du Sud avec la bénédiction du gouvernement soudanais. En 2005, alors que le Soudan du Sud se rapprochait de l'indépendance, Kony avait accepté de négocier avec le gouvernement ougandais, sous la médiation de M. Machar.

Ces négociations ont échoué et, en 2008, Kony et ses hommes se sont enfuis de leur base au Congo quelques heures avant qu'elle ne soit anéantie par les forces ougandaises. Plusieurs croient que Kony avait été averti par M. Machar.

«Machar est un joueur indépendant dont les allégeances changeantes, surtout en ce qui concerne sa collaboration avec Khartoum, inquiètent probablement Museveni qui croit que son ascension au Soudan du Sud menace les intérêts ougandais, a expliqué l'analyste Angelo Izama. Je soupçonne qu'encore aujourd'hui il voit Machar comme une marionnette pour Khartoum (...). Tout ce qui donne un avantage à Machar peut être vu comme un danger pour Museveni et une menace directe pour l'Ouganda.»

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