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08/01/2014 04:26 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

Nigeria: A Kano, la drogue fait des ravages parmi les jeunes

A Kano, la plus grande ville du nord musulman du Nigeria, l'une des plus durement touchées par le chômage, les autorités s'inquiètent des conséquences de la consommation de drogue, en pleine croissance.

Kano détient le plus haut taux de consommation de drogue du pays, si l'on en croit les statistiques de l'agence nationale de lutte contre la drogue (NDLEA) sur les saisies de stupéfiants, les arrestations de toxicomanes et le nombre de condamnations de trafiquants.

"La consommation de drogues dures, surtout chez les jeunes, est devenue une vraie menace pour la société, et elle traverse toutes les couches sociales", déclare Garba Ahmadu, à la tête de la NDLEA à Kano.

Le 6 décembre, la NDLEA a détruit plus de dix tonnes de drogue - du cannabis, de la cocaïne et des méthamphétamines notamment - une saisie d'une valeur d'un million d'euros.

La Hisbah, la police des moeurs, qui s'assure du respect de la charia, la loi islamique, a aussi confisqué 100.000 cartouches de colle dans un entrepôt de la ville, colle que "sniffent" les jeunes pour se procurer rapidement une sensation d'ivresse.

"Les toxicomanes ne consomment plus seulement des drogues, mais ils sont prêts à essayer n'importe quoi pour être dans un état second", estime Nu'uman Habib, professeur de sociologie à l'université de Kano.

On a constaté notamment une forte consommation de sirops pour la toux à base de codeine, un puissant analgésique à base de morphine, devenu populaire chez les femmes mariées. D'autres utilisent aussi des solvants ou des médicaments destinés aux chevaux.

Chômage et divorce

Kano a été plusieurs fois la cible d'attaques du groupe islamiste Boko Haram, qui mène une insurrection sanglante dans le nord du Nigeria depuis 2009.

Une série d'attentats avait notamment fait 185 morts dans la ville au cours de la même journée, en janvier 2012.

Mais pour les experts, la consommation de drogue n'est pas directement liée aux problèmes d'insécurité.

Selon Mairo Bello, à la tête de l'Adolescent Health Information Project, un centre pour les jeunes en difficulté, la hausse du nombre de divorces et l'abandon des valeurs familiales ont contribué à la hausse de consommation de drogue à Kano.

Souvent, quand la famille éclate, certains de ses membres se retrouvent à la rue, sans ressources financières, explique Mme Bello.

Les enfants, livrés à eux-mêmes, sont tentés par la drogue, qui leur permet de s'évader de leur quotidien morose.

"Je suis issu d'un foyer disloqué", raconte Usman Umar, 23 ans. "Mes parents ont divorcé quand j'avais neuf ans et j'ai continué à vivre avec mon père qui s'est remarié".

"Ma belle-mère me traitait mal (...) et mon père ne faisait rien pour me protéger, alors j'ai été obligé de traîner en dehors de la maison, la plupart du temps, avec les copains que je m'étais fait dans le quartier".

"Ils m'ont initié à la drogue. D'abord les cigarettes, puis le haschich, puis du sirop à la codéine et d'autres psychotropes".

"Beaucoup de jeunes prennent de la drogue pour être défoncés et oublier leurs frustrations. Quand on en prend, on se sent bien, les soucis disparaissent", poursuit Usman.

La Hisbah a créé un bureau de résolution des disputes matrimoniales et a lancé l'année dernière avec le gouvernement de l'Etat un programme de "mariages groupés", pour promouvoir une politique familiale stable et lutter contre l'"épidémie de divorces".

Deux mille femmes divorcées ont été remariées à travers ce programme l'année dernière.

Le gouverneur de l'Etat de Kano, Rabiu Musa Kwankwaso, a lancé un programme de lutte contre les médicaments illicites, dans un pays où circulent de nombreux médiaments contrefaits, et la fabrication, la vente et la consommation de sirops à la codéine ont été interdits.

Un centre de désintoxication a été créé, ainsi qu'un centre sportif pour la jeunesse.

Mais ce qui manque le plus cruellement à Kano, c'est le travail: en 2011, 67% de la population de la ville était sans emploi, selon les statistiques officielles.

L'ancienne capitale nigériane du textile a vu ses centaines d'usines fermer une à une, ces vingt dernières années, à cause des pannes d'électricité quotidiennes et de la concurrence des tissus à bas coût en provenance d'Asie.

"Le gouvernement doit ressusciter les industries en déclin, en leur fournissant les infrastructures adéquates, afin de créer des emplois pour les jeunes", demande le professeur Nu'uman Habib.

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