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08/01/2014 01:27 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

En France, "l'Obs" change de mains: autre génération, autre culture

Le Nouvel Observateur, premier magazine d'information français, va être vendu aux propriétaires du quotidien Le Monde et au mécène Pierre Bergé, marquant, selon les experts, un changement de génération, de culture et de gestion dans la presse.

"C'est toute une période de la presse qui est maintenant derrière nous", résume Jean-Marie Charon, spécialiste des médias au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Avec Xavier Niel, vedette de l'internet français, au Nouvel Observateur, cet hebodmadaire va connaître "une accélération du passage au numérique", prédit-il lors d'un entretien avec l'AFP.

Pour Patrick Eveno également, expert des médias et professeur à la Sorbonne, "le but est de faire passer le Nouvel Observateur sur tablette". "On va vers une synergie inévitable qui permettra de faire des économies d'échelle", estime-t-il.

Devenus les propriétaires du Monde en 2010, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse sont aujourd'hui en négociations exclusives pour racheter 65% du Nouvel Observateur pour 13,4 millions d'euros, a annoncé mercredi à la rédaction Claude Perdriel.

Ce rachat inclura le site internet Rue89 et la régie publicitaire du Nouvel Obs. L'opération valorise donc l'ensemble à environ 20 millions d'euros.

Cette vente illustre non seulement un changement de génération de propriétaires dans la "presse de gauche" mais aussi une modification radicale du profil des gestionnaires.

Du jazz au rock

"Patron de gauche" français, amateur de jazz, âgé de 87 ans, Claude Perdriel, propriétaire jusqu'à aujourd'hui du Nouvel Observateur créé en 1964, a une gestion "patriarcale, à l'ancienne, basée sur la confiance", relève Jean-Marie Charon.

C'est un patron de presse atypique qui a assuré l'indépendance financière et éditoriale de "l'Obs", grâce à des brevets d'une compagnie lui appartenant, la Société française d'assainissement (SFA).

A l'opposé, "Niel vient d'une culture totalement différente", poursuit l'expert. "C'est une personnalité forte, parfois brutale", qui illustre l'arrivée aux mannettes de la presse écrite française d'une nouvelle génération.

Homme d'affaires vedette de l'internet français, né en 1967, c'est lui qui en 2002 lançait le fameux boitier d'accès multimédias Freebox: internet haut débit, téléphone, télévision... le tout pour un prix très concurrentiel de 29,99 euros par mois. Avant de se hisser à la tête de la huitième fortune de France avec 2,7 milliards d'euros.

Très écouté des grands patrons mais ancré à gauche et grand amateur de rock, Matthieu Pigasse, né en 1968, se plaît, lui, à cultiver une image de banquier original.

Propulsé associé de la banque Lazard, surnommée le "ministère bis de l'Industrie" en raison de l'influence qu'on lui prête, il rafle la plupart des mandats de conseil, de la création de la banque Natixis à la fusion GDF-Suez en passant par la vente du club de football PSG ou la renégociation de la dette de l'Argentine.

Claude Perdriel a été "le perdant dans l'affaire de la recapitalisation du Monde en 2010", réalisée par les trois hommes à qui il va aujourd'hui "passer la main" dans la vente du Nouvel Observateur, relève Jean-Marie Charon.

Pour Xavier Niel, c'est du mécénat", affirme à l'AFP Patrick Eveno. "Il considère qu'il faut aider le journalisme à passer d'un ancien modèle à un nouveau modèle, mais cet investissement représente sans doute 1% de ce qu'il possède : il ne fera pas de l'argent avec ça !".

"Ce regroupement est aussi une question d'affinités : Claude Perdriel a 87 ans et il ne voulait pas vendre à n'importe qui", poursuit cet expert, pour qui "Xavier Niel et Matthieu Pigasse ne sont pas des capitalistes qui recherchent la rentabilité à court terme".

Début décembre, il avait annoncé qu'il cherchait des investisseurs pour racheter son hebdomadaire, qui maintient ses ventes à plus de 500.000 exemplaires mais devrait perdre 5 à 7 millions d'euros cette année, victime comme ses concurrents de la baisse des recettes publicitaires.

Claude Perdriel, qui conserverait 35% du groupe, a précisé avoir posé des conditions au prix d'achat, prévoyant le maintien de l'équipe dirigeante du magazine et de la ligne éditoriale et politique "sociale-démocrate" du Nouvel Observateur.

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