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08/01/2014 01:00 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Des pigments de peau fossiles révèlent le côté sombre de monstres marins disparus

Pour la première fois, une équipe internationale de chercheurs a analysé des pigments de peau fossiles de monstres marins disparus il y a des dizaines de millions d'années, révélant une couleur sombre comparable à celle de l'actuelle tortue luth.

L'équipe de Johan Lindgren, de l'Université de Lund (Suède), a analysé d'infimes restes de pigments de peau de trois reptiles marins fossiles: une tortue à dos cuirassé datant de 55 millions d'années, un mosasaure vieux de 85 millions d'années et un ichtyosaure de 196 à 190 millions d'années.

Les résultats sont publiés mercredi dans la revue Nature.

"C'est la première fois qu'est révélée la gamme de couleur d'un animal marin éteint, et cela nous informe aussi sur la manière dont ces animaux vivaient", a déclaré Johan Lindgren dans un échange par courrier électronique avec l'AFP.

Selon les chercheurs, le corps de ces anciens reptiles marins étaient, au moins en partie, de couleur sombre.

Les mosasaures, grands lézards marins et redoutables prédateurs qui pouvaient atteindre 15 mètres de long, tout comme les ichtyosaures, qui pouvaient être encore plus grands, vivaient à l'époque des dinosaures. Les tortues à dos cuirassé sont encore représentées de nos jours par la tortue luth (Dermochelys coriacea).

"La tortue fossile présentait probablement une gamme de couleurs et un mode de vie similaire à celle de l'actuelle tortue luth", estime le chercheur.

Son dos presque entièrement noir, à l'apparence du cuir mais sans carapace, contribue probablement, selon les scientifiques, à sa répartition à travers le monde, y compris dans des eaux froides: la couleur foncée de son dos, alors que son ventre est clair au contraire, lui permet de se réchauffer rapidement à la surface de l'eau.

"De la même façon, les mosasaures et les ichtyosaures, qui étaient aussi partout présents sur la planète, pourraient avoir tiré profit de la couleur foncée de leur peau pour se réchauffer rapidement entre deux plongées", a expliqué Johan Lindgren.

La coloration foncée de la peau peut aussi être un moyen de camouflage et une protection contre le rayonnement ultra-violet.

Les micro-organismes analysés par les chercheurs avaient été jusqu'ici considérés comme des restes fossiles de bactéries ayant contribué à la décomposition des carcasses des animaux.

En étudiant leur composition chimique, l'équipe de Johan Lindgren a montré qu'il s'agissait en fait de mélanosomes fossiles, de minuscules structures dans lesquelles sont fabriqués les mélanines, des pigments de la peau, et donc de restes de la peau de l'animal lui-même.

"C'est fantastique!" s'est enthousiasmé Johan Lindgren. "Lorsque j'ai commencé à étudier à l'Université de Lund en 1993, le film Jurassic Park venait de sortir (...) Il y a 20 ans, il était impensable d'imaginer trouver des vestiges biologiques provenant d'animaux éteints depuis des millions d'années, mais aujourd'hui on y est."

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