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07/01/2014 01:00 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

Malgré les critiques, Newsweek estime lancer "un débat intéressant" sur la France

L'article en ligne de Newsweek sur "La chute de la France" qui a déclenché une tempête dans l'Hexagone en raison notamment de nombreuses erreurs factuelles, "lance un débat intéressant", estime son propriétaire français, installé à New York.

"Je ne veux pas commenter l'article, la direction n'intervient pas dans l'éditorial, mais il lance un débat intéressant pour la France", a déclaré à l'AFP Etienne Uzac, patron et co-fondateur d'IBT Media, le groupe de médias en ligne basé à New York qui a acquis la marque Newsweek en août dernier.

Référence de la presse américaine créé en 1933, Newsweek, qui a tiré à 3,3 millions d'exemplaires au début des années 1990, a connu un déclin constant au cours des deux décennies suivantes. Après avoir changé de mains plusieurs fois, il n'existe plus aujourd'hui qu'en version en ligne avec une rédaction réduite.

Mais ses nouveaux propriétaires assurent avoir de grandes ambitions pour cette marque et promettent une nouvelle édition papier dans les mois qui viennent.

"On veut faire un magazine de très haut niveau éditorial, on construit petit à petit", affirme Etienne Uzac. "On est en train de mettre en place une grande équipe européenne, on fait un bon travail. Je dirais que comme une bonne bouteille de vin, on mûrit au fil du temps".

Le jeune entrepreneur âgé de 30 ans anticipe un retour de Newsweek en édition papier "en février ou mars aux Etats-Unis".

En attendant, l'article controversé paru le 3 janvier sur le site internet de son magazine a déclenché de très vives réactions en France.

Ecrit par Janine di Giovanni, une journaliste américaine qui vit à Paris, il met en lumière notamment le haut taux d'imposition en France ou la fuite de ses talents à l'étranger. Mais il pointe maladroitement un "seuil maximal d'imposition à 75%", affirme qu'un demi-litre de lait coûte 3 euros à Paris ou que les couches pour bébé sont gratuites.

Il a fait naître de nombreux commentaires sarcastiques, dans un premier temps sur les réseaux sociaux, avant que deux personnalités politiques françaises de premier plan ne réagissent à leur tour mardi.

"Une certaine hilarité"

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a ainsi invité sur Twitter "tous les lecteurs de Newsweek à visiter la France telle qu'elle est", "loin des clichés".

Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, directement mis en cause dans l'article controversé, a quant à lui dénoncé un "pamphlet" qui sera "un cas d'école en école de journalisme" et qui suscite "une certaine hilarité".

Devant cette avalanche de critiques, Janine di Giovanni a suspendu son compte Twitter.

Journaliste reconnue pour son travail de grand reporter au Moyen-Orient notamment, les internautes n'ont pas manqué de ressortir un de ses précédents articles, écrit en 2009 pour The Guardian, où l'Américaine semblait déjà très surprise par certaines habitudes françaises et s'offusquait de se voir offrir des séances de rééducation périnéale après son accouchement.

Loin de faire profil bas, Newsweek de son côté est revenu à la charge mardi, avec la publication d'un nouvel article intitulé "La chute de la France II, comment le pays du coq est devenu une autruche".

Ecrit par une autre journaliste américaine, Leah McGrath Goodman, il revient sur les réactions provoquées par l'article de Mme di Giovanni et note que cette première parution a reçu "un accueil plutôt frais".

Selon elle, la France ne se pose pas les bonnes questions: "Pourquoi tant de dirigeants français traversent l'océan pour faire fortune ailleurs, plutôt que de rester en France?", s'interroge-t-elle notamment.

Le réquisitoire de Newsweek semble d'ailleurs ne pas être terminé puisque Leah McGrath Goodman conclut son billet avec trois mots de français: "Pour être continué".

bdx/jca

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