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Le Fonds de solidarité FTQ affiche un bénéfice net de 411 millions $

06/01/2014 08:53 EST | Actualisé 08/03/2014 05:12 EST
Agence QMI

MONTRÉAL - Le Fonds de solidarité de la FTQ présente un rendement respectable de 7,4 pour cent pour l'année 2013, mais l'élimination progressive du crédit d'impôt fédéral de 15 pour cent, à compter de l'année financière 2014, pourrait lui nuire.

La performance a été rendue possible grâce à un bénéfice net de 411 millions $ au deuxième semestre se terminant le 30 novembre 2013, qui a fait passer l'actif du Fonds à 9,7 milliards $.

«C'est un rendement prévisible», indique le directeur général de l'Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau, qui rappelle que la performance du Fonds est liée aux marchés canadiens et ne pouvait donc pas bénéficier de la forte poussée des marchés américains et européens en 2013.

«Malgré les insinuations, malgré les rumeurs, le Fonds de solidarité demeure un organisme bien géré», fait-il valoir à la lumière de ces résultats.

«Dans la décennie 2000 à 2010, le Canada a été le marché le plus rentable. Maintenant, à cause de la baisse de la valeur des matières premières, ç'a été un des marchés les moins payants en 2013.» Le marché des obligations canadiennes, avec un rendement moyen négatif de moins 1 pour cent l'an dernier, a également fait mal, souligne M. Nadeau.

«Un tiers de notre portefeuille est dans les obligations, où ç'a été plus difficile, comme pour tout le monde», a d'ailleurs reconnu le président-directeur général du Fonds de solidarité, Yvon Bolduc, en entrevue avec La Presse Canadienne.

M. Bolduc fait toutefois valoir que le Fonds de solidarité demeure un véhicule de placement fort intéressant malgré les faiblesses ponctuelles de l'économie canadienne en raison de sa conception particulière.

«Le Fonds est axé sur des entrées de fonds destinés à une mission de développement économique et les actionnaires obtiennent en contrepartie des crédits d'impôt. Avec cet équilibre, le modèle d'affaires fonctionne bien depuis 30 ans», dit-il.

Le Fonds peut tirer son épingle du jeu même dans des conditions plus précaires car le rendement réel pour l'actionnaire est supérieur à celui du Fonds lui-même. «Quand on combine crédit d'impôt, mission et épargne-retraite, c'est là qu'on se rend compte que, sur une période de dix ans, c'est un rendement qui est tout à fait acceptable de 10,8 pour cent», affirme M. Bolduc.

Michel Nadeau abonde dans le même sens. «Sur une longue période, le Fonds se compare très, très bien et avec l'avantage fiscal, c'est probablement un des meilleurs placements qu'on puisse avoir», dit-il.

L'ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) ajoute toutefois un bémol sur l'avenir, avec la décision du gouvernement fédéral d'éliminer progressivement le crédit d'impôt pour les fonds de travailleurs. «Il sera moins intéressant parce que le Fonds, évidemment, n'est pas obsédé par le rendement; il a le mandat de maintenir et créer des emplois», dit-il.

Yvon Bolduc en est d'ailleurs fort conscient, lui qui a fait planer le spectre d'un manque à gagner de 4,5 milliards $ d'entrée de fonds sur dix ans si Ottawa persiste dans sa volonté d'éliminer le crédit d'impôt fédéral de 15 pour cent (Québec offre également un crédit d'impôt de 15 pour cent et tous les partis à l'Assemblée nationale ont unanimement dénoncé la décision fédérale).

«L'impact, c'est qu'il y aura moins d'argent à investir dans l'économie au Québec auprès des PME au soutien et au développement de l'emploi et de l'économie. C'est ça le malheur de ce qui peut se produire», laisse tomber le PDG du Fonds.

Michel Nadeau croit que les gestionnaires du Fonds de solidarité et de sa contrepartie de la CSN, Fondaction — qui poursuivent leurs efforts avec le soutien unanime des milieux d'affaires, syndicaux et financiers québécois pour faire reculer Ottawa — pourraient se tourner vers Québec pour demander une bonification du crédit provincial si le gouvernement Harper demeure inflexible.

«Québec a clairement démontré l'importance de préserver le crédit d'impôt et les fonds de travailleurs», note Yvon Bolduc, qui se montre toutefois extrêmement prudent face à la possibilité de demander des sous au gouvernement provincial. «Je pense qu'il faut rester réaliste avec l'économie québécoise et la situation financière du gouvernement du Québec. Il faut trouver des solutions à l'intérieur de cette réalité», dit-il.

L'unanimité québécoise a également gagné les partis d'opposition à Ottawa. Le Nouveau Parti démocratique a déposé, avec l'appui du Bloc québécois, une pétition de 70 000 noms réclamant le maintien du crédit d'impôt. Les néo-démocrates ont pris l'engagement de le rétablir intégralement advenant leur élection.

Les libéraux ont eux aussi exprimé leur désaccord à maintes reprises mais refusent pour l'instant de s'engager à rétablir le crédit d'impôt s'il est éliminé.

«C'est certainement une possibilité parce qu'on reconnaît la valeur de ce crédit d'impôt sur les fonds de travailleurs, a indiqué à La Presse Canadienne le député de Westmount-Ville-Marie, Marc Garneau. Est-ce que ça va être dans notre plate-forme de 2015? Je ne peux pas répondre à cela mais certainement, on pense que la décision du gouvernement est très mal avisée.»

Avec les résultats de 2013, la valeur de l'action du Fonds enregistre une dixième hausse consécutive pour atteindre un sommet historique à 29,21 $. Il s'agit d'un gain de 1,23 $ par rapport à la valeur de l'action en juillet 2013.