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06/01/2014 10:21 EST | Actualisé 08/03/2014 05:12 EST

Irak : Falloujah sommée d'expulser les insurgés

Le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki a appelé lundi les habitants de la ville de Falloujah à repousser les insurgés de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), liés à Al-Qaïda, pour éviter une offensive militaire sur le point d'être lancée.

Dans un communiqué lu à la télévision publique, Nouri Al-Maliki, un musulman chiite dont le gouvernement n'est pas très populaire dans la ville sunnite de Falloujah, a appelé les chefs tribaux à se débarrasser des combattants de l'EIIL, qui se sont emparés la semaine dernière de plusieurs villes clés dans la région désertique qui jouxte la frontière syrienne. Ils ont notamment pris le contrôle de plusieurs secteurs de Ramadi, la capitale de la province d'Anbar, ainsi que de Falloujah, deuxième ville de la province.

« Le premier ministre en appelle aux tribus et au peuple de Falloujah pour expulser les terroristes de la ville de façon à s'épargner le risque d'affrontements armés », a déclaré le premier ministre.

Nouri Al-Maliki, qui est aussi le commandant en chef des forces armées, a accepté de retarder l'offensive des forces gouvernementales pour donner aux chefs tribaux de Falloujah plus de temps pour expulser les islamistes sunnites par eux-mêmes, apprend-on auprès des services de sécurité. « Aucune date butoir n'a été fixée, mais cela ne va pas non plus durer indéfiniment », a déclaré un officier des forces spéciales ayant requis l'anonymat. « Nous ne sommes pas prêts à attendre trop longtemps, explique l'officier. Nous ne parlons que d'une question de jours. Qui dit plus de temps dit plus de pouvoirs pour les terroristes. »

L'Iran propose son aide

L'offensive en préparation rappelle celle lancée en 2004 par les forces américaines pour reprendre la ville, contrôlée par les insurgés sunnites.

Le but de l'EIIL, créé l'an dernier à l'occasion de la fusion entre les groupes irakien et syrien affiliés à Al-Qaïda, et qui a progressivement renforcé sa présence dans la province d'Anbar ces derniers mois, est de créer un émirat musulman sunnite de part et d'autre de la frontière entre l'Irak et la Syrie. Deux ans après le départ des troupes américaines, les violences en Irak sont le reflet des deux camps qui s'affrontent en Syrie, avec d'un côté les rebelles sunnites soutenus par l'Arabie saoudite et d'autres puissances sunnites, et de l'autre le président syrien Bachar Al-Assad, soutenu entre autres par l'Iran chiite.

Les États-Unis ont indiqué dimanche qu'ils soutiendraient Nouri Al-Maliki dans son combat contre Al-Qaïda, mais qu'ils n'enverraient pas eux-mêmes de troupes.

Les autorités iraniennes ont fait savoir qu'elles se tenaient prêtes à venir en aide à l'Irak. Cité par l'agence de presse Tasnim, le général Mohammad Hejazi, chef adjoint d'état-major de l'armée à la logistique et à la recherche, a déclaré que l'Iran était prêt à fournir « des équipements militaires ou des consultations ».

« Assez de violence »

Depuis la répression d'une manifestation sunnite par la police irakienne la semaine dernière et les heurts violents qui ont suivi, la situation est très tendue dans l'Anbar, province qui avait été au coeur de l'insurrection sunnite après l'entrée des forces américaines en Irak en 2003.

La prise de pouvoir d'Al-Qaïda la semaine dernière a divisé les sunnites de l'Anbar. Certains se sont engagés à aider le gouvernement à en reprendre le contrôle, mais d'autres les soutiennent ou ont trop peur de s'afficher contre eux. « Actuellement, nous essayons de faire quitter la ville aux combattants d'Al-Qaïda », a déclaré un dirigeant tribal à Falloujah. « Falloujah a connu suffisamment de sang et de meurtres. Nous en avons assez de la violence. »

L'armée irakienne, essentiellement constituée de soldats issus de la majorité chiite du pays, n'est pas forcément la bienvenue dans les régions à majorité sunnite comme l'Anbar, quand elle ne suscite pas une franche hostilité.

À l'ouest de Ramadi, des heurts ont éclaté lundi à l'aube entre islamistes et forces spéciales appuyées par les combattants tribaux. « Les combats se poursuivent avec un groupe d'Al-Qaïda bien entraîné et très organisé », a déclaré l'officier des forces spéciales irakiennes, en précisant qu'il y avait des combattants étrangers parmi les insurgés. « Quand nous l'aurons vaincu, l'équilibre du pouvoir sera modifié dans l'ensemble de la province d'Anbar. »

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