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Des manifestants montent sur scène derrière Stephen Harper à Vancouver

06/01/2014 04:29 EST | Actualisé 07/03/2014 05:12 EST

VANCOUVER - Des manifestants ont réussi lundi matin à percer la zone de sécurité créée autour de Stephen Harper par les agents de la Gendarmerie royale du Canada pour s'approcher à deux pas du premier ministre.

Stephen Harper venait d'amorcer une séance de questions et de réponses avec Iain Black, président-directeur général de la Chambre de commerce de Vancouver, lorsque deux manifestants arborant des petites affiches sont montés sur la scène derrière le premier ministre.

Sur l'une de ces affiches, la phrase «Conservatives Take Climate Change Seriously» («Les conservateurs prennent au sérieux les changements climatiques») avait été biffée. Sur l'autre, on pouvait lire: «Climate Justice Now».

M. Black a demandé que ces gens soient écartés de la scène. Les deux manifestants ont effectivement été escortés hors de la scène et de la salle sans heurts; l'un d'entre eux a quand même été poussé violemment en bas de la scène par un garde du corps du premier ministre.

Un groupe qui se présente comme un collectif d'organisations environnementales et d'autres mouvements a ensuite transmis un communiqué indiquant que les deux manifestants ont été en mesure de passer outre la surveillance policière pour perturber l'événement avec le premier ministre.

M. Harper, qui est resté imperturbable pendant l'intervention, a ensuite lancé qu'un événement en Colombie-Britannique n'aurait pas été complet sans un geste de protestation de cette nature, suscitant des applaudissements et des rires chez les gens d'affaires présents dans la salle.

«Un bienvenue chaleureux de la Colombie-Britannique», a ajouté M. Black, alors que le premier ministre souriait et ricanait de la chose.

Un groupe affilié à Brigette DePape, l'ancienne page qui était débarquée sur le plancher du Sénat en brandissant une affiche «Stop Harper» durant le discours du Trône en 2011, s'est immédiatement attribué le geste, affirmant qu'il visait à critiquer les politiques environnementales du Canada.

L'incident a eu lieu dans une grande salle de bal d'un hôtel, où des centaines de personnes étaient réunies pour un déjeuner en compagnie du premier ministre.

Tandis que les journalistes et équipes de télévision devaient faire vérifier leur équipement par un chien renifleur de la police, il semblait y avoir peu en place pour contrôler les simples entrées dans la salle — comme des barrages de sécurité pour vérifier l'identité des participants.

En effet, l'un des deux manifestants, le militant local Sean Devlin, a soutenu que sa collègue et lui-même n'avaient jamais été accostés par la sécurité avant de monter sur scène.

«Nous étions vêtus de chandails noirs et de pantalons noirs achetés au Village des valeurs, et nous sommes simplement entrés dans l'hôtel», a dit M. Devlin en entrevue.

«Dès que nous sommes entrés dans la pièce, les gens ont semblé nous traiter comme si nous étions supposés y être. C'était plutôt facile», a-t-il ajouté.

Les deux militants ont été amenés, menottes aux poignets, dans une cuisine pour être interrogés, mais ont été rapidement libérés sans accusations, a indiqué M. Devlin.

Le bureau du premier ministre n'a pas rappelé La Presse Canadienne pour commenter les questions de sécurité autour de l'événement.

La caporale de la GRC Lucy Shorey a affirmé que le corps policier évaluerait ce qui s'est passé, mais elle n'a pas voulu donner de détails sur l'incident.

«La GRC prend l'affaire très au sérieux», a-t-elle affirmé.

«Nous révisons actuellement l'incident pour déterminer les actions qui doivent être entreprises pour assurer la sécurité du premier ministre. Bien sûr, nous ne pouvons pas dévoiler de détails spécifiques sur les mesures de sécurité», a expliqué Mme Shorey.

M. Harper a fait plusieurs arrêts dans le secteur de Vancouver, lundi, mais n'a répondu à aucune question de journalistes.

Il s'agissait d'un premier événement d'une tournée visant à mettre en lumière le bilan économique du gouvernement conservateur, particulièrement la récente entente de principe de libre-échange avec l'Union européenne.

Mais le voyage a aussi amené le premier ministre dans l'épicentre de la grogne contre les politiques environnementales de son administration, alors que l'oléoduc Northern Gateway et d'autres projets de ressources naturelles traversent différentes étapes de révision.

M. Harper a bien fait attention de ne pas prendre position sur le projet Northern Gateway durant la séance de questions et réponses, faisant valoir que son gouvernement attendra la fin du processus d'approbation.

«Le rôle du gouvernement n'est pas de soutenir des pipelines particuliers ou des projets énergétiques particuliers. Notre travail comme gouvernement est d'établir un processus adéquat d'évaluation et de surveillance», a dit le premier ministre.

Le projet d'oléoduc de 8 milliards $, qui ferait transiter le pétrole brut albertain jusqu'au port de Kitimat, en Colombie-Britannique, a suscité de vives protestations de la part d'environnementalistes et de groupes des Premières Nations.

Le mois dernier, un comité conjoint d'évaluation, créé par l'Office national de l'énergie et le ministère fédéral de l'Environnement, a recommandé que le projet d'oléoduc Northern Gateway aille de l'avant, mais en recommandant à Ottawa d'imposer plus de 200 conditions au promoteur.

M. Harper a refusé d'en dire plus sur l'oléoduc de plusieurs milliards de dollars, faisant valoir que le rapport du comité conjoint est actuellement à l'étude par le cabinet, qui aura le dernier mot dans ce dossier.

Le dirigeant de la Chambre de commerce de Vancouver a aussi questionné M. Harper sur les défis posés par les droits traditionnels prévus par les traités des Premières Nations sur le développement des ressources naturelles.

«J'encourage les leaders autochtones à étudier cela pas seulement en tant qu'opportunités de revenus constants, mais aussi d'opportunités de faire travailler des gens sur ces projets, de permettre à des entreprises autochtones de fournir des services», a affirmé M. Harper.

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