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Soudan du Sud: les combats s'intensifient, les négociations directes tardent à s'ouvrir

05/01/2014 09:45 EST | Actualisé 07/03/2014 05:12 EST

Les combats s'intensifiaient dimanche dans plusieurs régions au Soudan du Sud alors que les négociations directes prévues entre les deux camps qui s'affrontent depuis trois semaines, tardaient à s'ouvrir en Ethiopie.

Les pourparlers à Addis Abeba visent à mettre fin à trois semaines de combats qui ont déjà fait des milliers de morts dans la plus jeune nation du monde. Samedi soir, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a exhorté les deux parties de ne pas utiliser ces négociations comme un "stratagème" pour gagner du temps.

"Il faut que les négociations soient sérieuses, elles ne peuvent pas être une manière de gagner du temps, un stratagème" pour prendre l'avantage militaire, a-t-il déclaré lors d'une visite à Jérusalem. Les responsables doivent avoir "du courage" et "une volonté claire de trouver une solution politique".

Après une rencontre préliminaire samedi soir, les négociations devaient commencer dimanche à 11H00 GMT. Des "questions de protocole" ont retardé l'ouverture des négociations, selon des diplomates, qui n'excluaient pas la possibilité d'un report à lundi matin.

Le risque est ressenti par les médiateurs que les négociations n'échouent dans l'oeuf : de violents combats ont été signalés dans la nuit de samedi à dimanche dans la capitale Juba, de nouveaux affrontements ont éclaté dans le reste du pays, et des désaccords pour la libération de rebelles présumés par le gouvernement de Salva Kiir ne sont pas résolus.

Le porte-parole de la délégation du gouvernement sud-soudanais, le ministre de l'Information Michael Makuei, a réitéré ses accusations de tentative de "coup d'Etat" envers le chef rebelle Riek Machar.

"Sa tentative de renverser un gouvernement démocratiquement élu est un fait établi (...) mais la façon dont la communauté internationale a géré cette affaire est plutôt étrange" a-t-il déclaré aux journalistes, rejetant les appels du gouvernement à libérer des rebelles présumés détenus par le gouvernement.

"Il nous est demandé de négocier avec les rebelles. Mais tout rebelle qui est tombé entre nos mains, devra répondre à la question de savoir pourquoi il ou elle a pris les armes contre un gouvernement démocratiquement élu", a souligné M. Makue.

Selon le porte-parole du gouvernement éthiopien, Getachew Reda, l'IGAD - le bloc régional des pays d'Afrique de l'Est médiateur des pourparlers - a demandé au gouvernement sud-soudanais de libérer 11 détenus, dont la plupart sont d'anciens hauts responsables du gouvernement, comme preuve de "bonne volonté".

Une des solutions proposées a été que les prisonniers soient transférés sous l'autorité de l'IGAD.

Les États-Unis, qui ont aidé le Soudan du Sud à gagner son indépendance, ont également exhorté Juba à "libérer immédiatement les détenus politiques" afin qu'ils puissent participer aux négociations.

Des combats qui s'étendent

Les combats ont commencé le 15 décembre, quand M. Kiir a accusé M. Machar - limogé de son poste en juillet 2013 - d'avoir tenté un coup d'Etat.

M. Machar a rejeté cette accusation, reprochant au président d'avoir voulu éliminer ses rivaux. La rivalité politique se double d'un conflit entre ethnies, Dinka de M. Kiir et Nuer de M. Machar.

Les combats touchent désormais une bonne partie du Soudan du Sud - indépendant depuis 2011 -, les rebelles contrôlant plusieurs zones du le nord riche en pétrole. Le conflit a déjà fait plusieurs milliers de morts, selon l'ONU, qui a dénoncé des atrocités dans les deux camps.

Juba a également été secouée par des tirs nourris samedi soir, des échanges de tirs d'armes automatiques et d'armes lourdes ayant été entendus dans un quartier du sud de la ville.

Des habitants de Juba ont été vus dimanche fuyant au sud vers la frontière ougandaise, s'ajoutant aux près des 200.000 personnes déplacées en trois semaines de conflit.

Les bases des forces de maintien de la paix de l'ONU ont été dépassés par le nombre de civils cherchant refuge. La plupart d'entre eux ont fui les violences ethniques opposant la communauté Dinka de Salva Kiir et la tribu Nuer de Riek Machar.

M. Philip Aguer a également signalé des affrontements dans les Etats producteurs de pétrole de l'Unité et du Haut-Nil dans me nord. Selon lui, les forces gouvernementales avançaient dimanche sur les deux capitales Bentiu et Malakal, aux mains des rebelles.

Les forces de l'armée soudanaise (SPLA) "avancent" vers Bentiu, capitale de l'Etat stratégique riche en pétrole de l'Unité, dans le nord, aux mains des rebelles, a affirmé M. Aguer.

Dimanche, les troupes gouvernementales se préparaient à reprendre Bor, capitale de l'État de Jonglei, a déclaré l'armée.

Selon le porte-parole de l'armée, les soldats gouvernementaux n'étaient plus qu'à 15 km dimanche de la ville, située à 200 km au nord de Juba.

"C'est une question de temps. Nos forces avancent vers Bor", ville stratégique qui a changé de main trois fois depuis le début des affrontements, a dit M. Aguer.

Le porte-parole a admis que l'armée régulière avait connu deux défections. Une unité de la ville de Yei, au sud de Juba, est passée dans le camps de la rébellion, abandonnant plusieurs véhicules militaires. Une autre défection a eu lieu dans l'Etat de l'Equateur occidental, dans le sud-ouest, qui avait été jusqu'ici plutôt épargné par les combats.

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