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Bangladesh: six morts et 200 bureaux de vote attaqués pour les législatives

05/01/2014 02:45 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Six personnes sont mortes et quelque 200 bureaux de vote ont été attaqués samedi soir et dimanche au Bangladesh à l'occasion de législatives boycottées par l'opposition après des mois de grèves et de violences, les plus graves depuis l'indépendance.

Plus de 200 bureaux de vote ont été attaqués depuis samedi soir, en particulier dans le Nord où l'opposition nationaliste est très ancrée, selon la police.

"Des milliers de manifestants ont attaqué des bureaux de vote et notre personnel en faisant usage de cocktails Molotov et de bombes incendiaires", a déclaré à l'AFP le chef de la police de Bogra, Syed Abu Sayem.

A Rangpur, un autre district du nord, la police a annoncé avoir abattu une personne en tentant d'empêcher les manifestants de voler des bulletins de vote.

Deux autres militants de l'opposition ont été abattus par la police dans des incidents similaires dans le Nord et une quatrième dans le district côtier de Feni.

Un scrutateur a été battu à mort et un chauffeur de camion a péri dans son véhicule incendié par un engin artisanal.

La Première ministre, Sheikh Hasina Wajed, est assurée d'être reconduite, l'opposition ayant retiré ses candidats.

Mais ce scrutin faussé, critiqué par les Etats-Unis et l'Union européenne, risque d'aggraver les violences et de faire le lit de "l'extrémisme islamique", selon les observateurs.

La participation pourrait être inférieure à celle de 26% enregistrée en 1996 lors d'une élection truquée.

"Voter est un droit, j'exerce ce droit, mais nous ne sommes pas à la fête aujourd'hui", a confié un électeur, Nurul Islam, après avoir déposé son bulletin dans un bureau de vote à Mirpur, près de Dacca.

"Une farce scandaleuse"

Niyamat Ullah, lui, ne s'est pas déplacé.

"De quel genre d'élection s'agit-il quand il n'y a que quelques votants dans les bureaux de vote et que les deux candidats en lice sont du même parti?", s'agace le commerçant.

L'Awami League au pouvoir, et ses alliés, se présentent sans adversaires dans 153 circonscriptions sur 300.

Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) a réclamé en vain la mise en place d'un gouvernement neutre et provisoire avant l'organisation d'élections, comme ce fut le cas dans le passé, mais le gouvernement a refusé.

Pour tenter de faire dérailler le processus électoral, la chef de l'opposition, Khaleda Zia, a organisé des grèves et des manifestations qui ont fait 150 morts et le déploiement massif de quelque 50.000 soldats n'a pas suffi à mettre un terme aux troubles.

Khaleda Zia, ex-Première ministre, a une dernière fois exhorté vendredi les Bangladais à ne pas participer aux élections. "J'appelle mes compatriotes bangladais à boycotter totalement cette farce scandaleuse", a-t-elle lancé, accusant Sheikh Hasina de "tuer la démocratie".

La Première ministre l'a à son tour accusée de "prendre le pays en otage".

L'acrimonieuse rivalité entre Hasina et Zia a empêché tout compromis entre les deux femmes, et le chef de l'opposition est de facto placée en résidence surveillée depuis la fin décembre.

Les pires violences depuis 1971

Le Bangladesh a connu cette année les violences les plus meurtrières depuis sa création en 1971 à la suite de son indépendance du Pakistan. Selon une ONG, elles auraient fait jusqu'à 500 morts depuis janvier 2013.

Ce bilan comprend les victimes des heurts entre les forces de l'ordre et des militants protestant contre les condamnations à mort de dirigeants islamistes pour crimes de guerre commis en 1971.

Le Jamaat-e-Islami, le principal parti islamiste du Bangladesh, a été interdit de participer aux élections.

Après l'échec de pourparlers récemment organisés sous l'égide de l'ONU, les Etats-Unis, l'Union européenne et le Commonwealth ont renoncé à envoyer des observateurs, affaiblissant un peu plus la crédibilité du scrutin et la position de Sheikh Hasina.

"Cette élection est cruciale pour assurer la continuité constitutionnelle", a martelé dimanche le vice-ministre de la Justice, Quamrul Islam, interrogé par l'AFP.

Les Etats-Unis se sont inquiétés des arrestations massives de partisans de l'opposition et l'Union européenne a déploré l'incapacité des autorités à "créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections transparentes".

La crise qui agite le huitième pays le plus peuplé du monde nuit à l'économie et aux 154 millions d'habitants dont un sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

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