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Bangladesh: les islamistes vont tirer les marrons de la crise (experts)

05/01/2014 11:51 EST | Actualisé 07/03/2014 05:12 EST

Ils ont été interdits de législatives et leurs leaders sont sous les verrous, mais les efforts du gouvernement bangladais pour évincer les islamistes risquent de se retourner contre lui, estiment des experts.

Alors que 90% de ses 154 millions d'habitants sont musulmans, le Bangladesh est officiellement séculaire depuis son indépendance de la République islamique du Pakistan en 1971. Ce principe a été réaffirmé par la Cour suprême en 2010.

L'islam radical n'a guère prospéré depuis, ses leaders payant le prix de leur collaboration avec les forces armées pakistanaises pendant la guerre d'indépendance.

Le Jamaat-e-Islami est le seul parti islamiste à s'être aventuré sur la scène politique. Il n'a jamais franchi la barre des 10% lors d'élections mais a participé à plusieurs coalitions gouvernementales avec le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP).

Le Jamaat connaît actuellement des heures difficiles avec les procès de ses dirigeants et anciens dirigeants accusés de crimes de guerre en 1971, et l'interdiction qui lui a été faite de participer aux législatives de dimanche, au nom de la défense des lois séculaires du pays.

Une stratégie de coercition à effet boomerang, affirment des experts.

Pour Nur Khan Liton, directeur de l'organisation de défense des droits de l'Homme Ain O Salish Kendra, "l'usage excessif de la force" exercé par le gouvernement contre le parti depuis un an "lui a permis de se renforcer, de mieux s'organiser et de s'attirer plus de soutien".

Simultanément, le parti au pouvoir, l'Awami League de la Première ministre Sheikh Hasina, et la principale formation d'opposition, le BNP de sa rivale Khalida Zia, n'ont cessé de se déchirer.

"C'est une recette pour nourrir l'extrémisme" et un boulevard pour les acteurs non-institutionnels, prévient A.N.M. Muniruzzaman du Bangladesh Institute of Peace and Security Studies, dans un entretien à l'AFP.

Le gouvernement a refusé de confier l'organisation du scrutin à un cabinet neutre, comme c'est l'usage, et l'opposition a organisé des manifestations et des grèves générales qui ont dégénéré, nuisant à l'économie du Bangladesh qui compte parmi les pays les plus pauvres du monde.

Le Bangladesh a connu cette année les violences les plus meurtrières depuis l'indépendance.

Les heurts les plus meurtriers ont eu lieu entre les forces de l'ordre et des militants protestant contre les condamnations à mort de dirigeants du Jamaat pour les crimes de 1971.

La pendaison de l'ancien milicien pro-pakistanais Abdul Quader Molla, première exécution d'un dirigeant islamiste dans ces procès controversés, a provoqué des émeutes qui ont fait plusieurs dizaines de victimes.

Trois autres dirigeants du Jamaat attendent dans le couloir de la mort après leur condamnation par la justice qui, selon le parti, cherche à le réduire au silence.

Des violences meurtrières avaient également éclaté en mai lors d'une opération lancée contre un autre groupe islamiste, le Hefajat-e-Islam.

Un proche conseiller de la Première ministre justifie ainsi la position du pouvoir.

"Le Jamaat veut créer un Etat islamique, théocratique, basé sur la charia", la loi islamique, a expliqué Gowher Rizvi à l'AFP. Les autorités ne peuvent pas "les laisser s'attaquer à la Constitution que le peuple a choisie et modifier la nature fondamentale de l'Etat", a-t-il plaidé.

Des accusations récusées par les intéressés.

L'ancien député du Jamaat Syed Abdullah Taher, l'un des rares cadres du parti à avoir échappé aux arrestations avant les législatives, affirme que sa formation entend respecter la démocratie.

Rencontré secrètement à Dacca, il admet que si le Jamaat cherche à convertir les électeurs "progressivement à la cause de l'islam", il ne défend que des moyens légaux. "Nous ne croyons pas à la violence, nous ne croyons pas au terrorisme", assure-t-il.

L'alliance avec le Jamaat "est un arrangement électoral arithmétique, pas idéologique", explique de son côté le vice-président du BNP, Shamsher Chowdhury.

En tout état de cause le BNP doit impérativement continuer à exister dans la vie politique, souligne Ahsan H Mansur, du centre de réflexion Policy Research Institute.

"Là où l'opposition est supprimée, marginalisée ou même affaiblie, l'extrémisme surgit. Dans notre cas, c'est l'islamisme", prévient-il.

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